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Anne Lemonnier

Anne Lemonnier (1694-1722)

IIl est courant d'évoquer la vie des "petites gens" en résumant leurs conditions d'existence en termes de profession, d'économie, de durée de vie etc… C'est probablement plus impressionnant de parler d'un destin particulier quand on sait qu'il n'avait rien d'exceptionnel à l'époque évoquée.

Personne n'a entendu parler d'Anne Lemonnier à Billé. D'ailleurs, à notre connaissance, le patronyme n'a plus cours dans cette commune. Anne Lemonnier est baptisée le 19 juillet 1694. Née dans une famille de laboureurs de la Blanchais, son père Guillaume et sa mère Marguerite de Hubert en étaient à leur septième enfant. Un petite Françoise naîtra encore deux ans plus tard. Anne verra cette jeune soeur mourir en 1701 quand elle était âgée de sept ans. Auparavant, en septembre 1697 leur père était décédé. Voilà un départ bien difficile dans l'existence.

L'acte de naissance d'Anne Lemonnier dans le registre de la paroisse de Billé.

Marguerite, sa mère se remarie à Nicolas Delatouche, sieur de Limandière, en 1702. Quand un père ou une mère disparaissait alors, le survivant se remariait dès que possible car il fallait bien élever les enfants et il était nécessaire d'être deux. Les deux conjoints venaient chacun avec leurs jeunes et créaient ainsi une famille recomposée, comme nous dirions de nos jours.

Hélas, en juin 1704, c'est sa mère qui décède à son tour. Et voilà notre petite Anne placée dans une autre famille voisine, toujours à la Blanchais, chez Jacques Loison et Marie Delatouche. Chez des proches certes, puisque cette dernière était la fille d'un premier mariage de Nicolas Delatouche avec Julienne Plessix. Comment imaginer cette enfance ballotée par les évènements malheureux?

Quand des orphelins étaient recueillis par une famille, au fur et à mesure qu'ils grandissaient et en dépit de leur générosité, les parents adoptifs, ayant déjà leurs propres enfants, avaient hâte de voir leurs protégés voler de leurs propres ailes. Anne se trouve donc mariée, alors qu'elle n'a pas quinze ans, à Jean Rusard, le 27 novembre 1708. C'est en juin 1711 qu'elle donnera son prénom à une petite fille qui sera inhumée trois jours plus tard. Son fils Jean, né en 1712 sera enterré à quatre ans. Deux autres bébés, Joseph et Marie ne survivront que quelques mois. D'ailleurs au baptême de Marie en Janvier 1720, le père, Jean Rusard était déjà mort à 37 ans au cours du mois de septembre précédent. Voilà donc Anne veuve après avoir été orpheline. Elle a mis au monde quatre enfants, tous sont disparus en bas âge.

Elle va se remarier avec Jean Bruneau, notaire, sieur de la Buffardière le 31 août 1720. Est-ce le début d'une vie enfin apaisée? Las! C'est elle qui disparaît pour toujours le 25 février 1721. Pour terminer ce récit, mentionnons que Jean Bruneau se remariera à Lécousse avec Louise Déan en juin 1722. Il n'aura pas non plus de postérité car c'est au printemps suivant qu'il sera inhumé à Billé.

Les orphelins, les veufs et les enfants morts en bas âge étaient légion pendant des siècles. Il faut néanmoins reconnaître que le destin d'Anne Lemonnier fut particulièrement malheureux.

Ce récit est basé sur des données recueillies dans les registres d'état religieux de la paroisse de Billé. Les actes correspondants peuvent être retrouvés en ligne sur le site des Archives d'Ille-et-Vilaine.
Histoire Patrimoine Gens de Billé

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