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André Morel

André Morel
Soldat et prisonnier de guerre

JJoseph et Mélanie Morel de la Noguerie, en Javené, avaient trois fils, nés entre 1903 et 1919: Joseph, Louis et André. Tous les trois furent mobilisés en 1939. Leur père avait fait toute la Grande Guerre comme maréchal des logis dans l'artillerie. Voici le récit d'André Morel:

Pour partir à la guerre, je m'étais acheté une belle valise. Je la jetterai dans l'Aube, depuis un pont, lors de la débandade sous les bombes allemandes, pour alléger ma course. Mon père voulut me conduire à la gare de Fougères. Je refusai et fit fièrement le chemin à pied. Sur le pont d'Iné je m'arrêtai et me retournai. Je posai ma valise et regardai la ferme de la Noguerie, notre ferme, et j'ai pleuré. J'avais vingt ans, je partais à la guerre et je ne savais rien. Mon père, lui, savait. Ses trois fils partis, resté seul sur deux fermes avec ses deux belle-filles peut-être a-t-il pleuré, lui aussi.

Je fis mes classes au camp d'Auvours (Sarthe) où?. Je reçus un fusil. Je crois l'avoir jeté dans l'Aube, avec ma valise.

Vic-sur-Aisne (Aisne) où?

Je ne sais plus trop ce qui s'est passé entre septembre 1939 et mai 1940. Nous "attendions", quelque part dans l'est de la France. Nous étions quatre ou cinq bleus, sans chef. Nous avions ordre de "garder" et nous trouvions seuls et isolés sur une colline à nous ennuyer. Un gars de Paris a trouvé des casques enterrés, des casques anglais de la guerre précédente, et les crânes qui "allaient avec". Il en a fait des cibles pour l'exercice... J'avais vingt ans je ne savais rien de la guerre.

Anglure (Marne) où?

Les avions allemands bombardaient, nous n'avions que des fusils. Les routes et les ponts sautaient... avec sur l'un d'eux mon copain de Fougères: plus de pont, plus de copain. À Anglure, nous reçûmes l'ordre de rassembler sur la place les morts et les blessés du village bombardé. Une jeune fille s'accrochait à moi: "Mes deux soeurs, mes deux soeurs, sauvez-les!". L'une était morte dans l'escalier, l'autre agonisait dans l'entrée. La survivante, blessée, hurlait accrochée à mon habit militaire. Mon pantalon ruisselait du sang des blessés et des morts que nous alignions sur la place. Je n'ai pas vu arriver d'ambulance. Je ne me souviens plus des moments qui suivirent, seulement de la jeune fille qui criait: "Ne me laissez pas mourir!". J'avais vingt ans, j'avais appris à conduire les attelages de chevaux tirant les charrues, les faucheuses les lieuses et les batteuses. Pas à faire la guerre!

C'est ainsi que j'ai vécu la déroute de l'armée et le désarroi de la population. Les routes voyaient fuir militaires et civils. Parfois des gradés nous dépassaient en voiture, nous criant: "Filez vers le sud!". Nous frappions à des portes verrouillées. Les gens nous interpellaient: "Allez vous en! Vous allez nous faire tuer!". Finalement les Allemands nous ont rattrappés...

Prisonnier en France...

Je me retrouvais dans un regroupement de 200 hommes à Nemours. Là, nous fûmes bien traités. Mon père parvint même à m'envoyer de l'argent. Arrivés au camp de Mailly (Aube) où? ce fut tout autre chose. Nous nous y trouvions sans nourriture. Les chiens et les feuilles des tilleuls furent mangés.

...et en Allemagne

Je fus transféré en Allemagne, au Stalag V-B situé près de Villingen où?. D'abord employé dans une usine de confection de chemises, j'allai ensuite travailler dans une ferme à Lautlingen où?. Je me souviens que ma sœur m'envoyait du chocolat et que je partageais avec les jeunes enfants de cette famille. C'est là que la fermière m'apprit que j'allais être libéré et rentrer en France. Je n'ai pas compris le pourquoi de cette décision. Je retrouvais ainsi la Noguerie. En cela, j'eus plus de chance que mon frère Louis qui est resté, lui, cinq années en Allemagne.

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