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Révolte des bouilleurs de cru

Les évènements de Billé en 1935
La révolte des bouilleurs de cru

CCe n'est pas le propos ici de retracer ce qu'il est convenu d'appeler la révolte des bouilleurs de cru qui éclata au début de 1935 en Normandie, d'abord à Mantilly, bourgade de l'Orne, limitrophe de la Manche et de la Mayenne, à moins de 50 kilomètres de Billé. De là, partit un mouvement qui s'étendit dans la région normande et qui gagna le Pays de Fougères. La tradition de bouillir étant la même dans nos communes, elles s'impliquèrent naturellement dans ce conflit contre l'État et son administration. L'article écrit par Jean Quellien dans le Cahier des Annales de Normandie en 1995 permet de s'en faire une idée. En outre, La Chronique de Fougères, dans l'édition du 20 avril 1935, résume assez clairement des données du problème des bouilleurs de cru.

Que se passa-t-il donc à Billé?

Adolphe Éon

Pour nous, l'histoire commence à Mellé le samedi 13 avril 1935. Là eut lieu un rassemblement important de bouilleurs de cru et de paysans - plus de deux mille personnes à en croire les journaux - pour dénoncer les lois contraignantes pour la profession. C'est alors qu'apparaît notre personnage central, en ce qui concerne Billé: Adolphe Éon. Il était fermier aux Minières et secrétaire du Syndicat Agricole de notre commune. Il prit la parole à Mellé. Si le contenu de son discours n'a pas été rapporté par la presse - en tout cas à notre connaissance - toujours est-il que ses propos déplurent fortement à l'administration. Au point qu'un nommé Lechevalier, receveur des impôts indirects à Fougères, voulut le rencontrer pour avoir avec lui une explication. Il décida d'aller lui rendre visite à son domicile. Malheureusement, pour qui ne connaissait pas Billé, les Minières n'étaient pas un lieu très facile d'accès. Encore moins en automobile!

Ce lundi soir, 15 avril, vers 22h30, Jean Hardy soignait ses chevaux à l'écurie quand notre représentant de la Régie l'approcha et lui demanda de le conduire chez Éon. Devant l'état d'excitation de son interlocuteur, Jean Hardy refusa tout net. Le receveur qui avait déjà tenté sa chance au Domaine se dirigea vers la Doinelière puis vers la Bécanière où il n'eut pas plus de succès. Entre-temps sa voiture était allée au fossé et il avait refusé l'aide de passants qui la lui avaient offerte. Un article de L'Ouest-Éclair du 19 avril rapporte les détails de l'aventure mentionnée aussi dans La Chronique de Fougères du 20 avril.

C'est le début de l'affaire de Billé, selon le titre de L'Ouest-Éclair du 20 avril. Les habitants de Billé furent très choqués de cette incursion nocturne. Le 21 avril, le Conseil Municipal se réunit au grand complet en séance extraordinaire et, à l'unanimité, prit la décision de démissionner.

Extrait du registre des délibérations du Conseil Municipal de Billé

L'an mil neuf cent trente cinq, le vingt et un avril, à huit heures du matin, le Conseil Municipal, convoqué d'urgence, s'est réuni à la Mairie, sous la présidence de M. Chevallier, maire.
La séance a été publique.
Étaient présents: M.M. Chevallier, Serrand, Érard, Mottais, Galodé, Roussel, Lebossé, Cochet, Cornée, formant la totalité des membres en exercice.
M. Lebossé a été élu secrétaire.

Le président a ouvert la séance et a soumis aux membres du conseil les faits qui se sont déroulés dans la nuit du quinze au seize avril mil neuf cent trente-cinq, du fait de M. Lechevalier, Receveur des Contributions Indirectes à Fougères, faits qui se résument en propos déplacés vis à vis de gens inoffensifs et en outrages et menaces graves à l'adresse de M. Éon Adolphe, cultivateur aux Minières, en cette Commune.

Le Conseil
Considérant que ces faits sont de nature à troubler gravement l'ordre public,
Considérant que l'enquête demandée par la Municipalité au sujet des faits précités n'a pas été suffisante pour calmer l'émotion suscitée dans la population et que celle-ci continue de protester et de réclamer complète satisfaction,
pour joindre ses protestations à celles des Administrés et pour obtenir justice prompte et complète,
décide à l'unanimité de présenter sa démission collective à Monsieur le Préfet, et lui demande d'aviser à la situation.

Fait et délibéré à Billé le vingt et un avril mil neuf cent trente-cinq.
Lebossé, Cornée, Mottais, Chevallier, Serrand, Érard, Galodé, Roussel, Cochet

Élections municipales

Ainsi, d'après le compte-rendu du Conseil Municipal, Lechevalier semblait avoir proféré quelques insultes et menaces lors de son équipée nocturne. La nouvelle de la démission est commentée dans L'Ouest-Éclair du 27 avril. Voici donc la population de Billé toute entière dressée contre la Régie. Il restait peu de temps pour régler le problème, les conseils municipaux devant être renouvelés en mai. Pourtant, rien ne se passa. Le 5 mai, date du premier tour, il n'y avait à Billé ni candidats, ni électeurs, seulement un rassemblement qui défila et se rendit devant le domicile du maire démissionnaire pour le féliciter (L'Ouest-Éclair - 7 mai). En présence de cet état de choses, que va faire l'administration préfectotrale? demandait le journaliste.

Cependant, la réponse ne se fit pas trop attendre: dès le 9 mai, le journal annonçait le départ de Fougères de Lechevallier, le receveur par qui le scandale était arrivé. L'article du jeudi 9 mai ne précisait pas où il était muté. Il faut chercher la réponse dans la chanson composée pour égayer les réunions des bouilleurs de cru. Le dernier couplet précise qu'il avait été envoyé au Havre.

Le 11 mai il était confirmé que les élections municipales auraient bien lieu le lendemain. Ainsi, les électeurs de Billé se rendirent aux urnes le dimanche 12 mai pour le premier tour alors que ceux des autres communes votaient pour le second. Tout se passa normalement et seul un candidat se trouva en ballottage - voir les résultats et le commentaire. Son sort fut fixé au début du mois de juin par une décision du Conseil de Préfecture - le Tribunal Administratif d'alors: Pierre Brisset était élu. Des douze conseillers du précédent mandat, six s'étaient retirés et six nouveaux élus entraient à la mairie. Adolfe Éon, héraut des bouilleurs de cru, était du nombre. François Chevallier et Amand Serrand retrouvèrent leurs sièges respectifs de maire et d'adjoint.

Réunion des bouilleurs de cru à Billé

Jean Hardy

Les bouilleurs de cru s'étaient réunis à Mellé et à Montours. Une réunion devait se tenir à Billé le dimanche 16 juin. Elle fut annoncée dans la presse à trois reprises: les 5, 13 et 15 juin. L'Ouest-Éclair en fit le compte-rendu le lendemain 17 juin et de nouveau le mardi 18. La manifestation semble avoir été un succès tant par le nombre et la qualité des orateurs que par la présence d'une foule de 4 000 participants. Entre autres, Adolphe Éon fit un discours, en tant que secrétaire des Bouilleurs de Cru d'Ille-et-Vilaine. Jean Hardy de Maintibœuf fut vivement remercié pour l'organisation de la réunion.

Fin de l'agitation

Le compte rendu du Conseil des Ministres du 25 juin et la publication le 30 juin d’un décret paru au Journal Officiel firent retomber la tension des derniers mois. Les bouilleurs de cru obtenaient satisfaction sur un point: la disparition des visites domiciliaires. Par contre, Ils ne voyaient pas diminuer la pression fiscale.
Le verre étant resté à moitié vide, la contestation continua à se manifester de manière sporadique jusqu'à la guerre et reprit même ensuite. Dès le 8 septembre 1935 une nouvelle réunion de 2 000 bouilleurs de cru se tint à Parigné - voir aussi l'article de L'Ouest-Éclair du 10 septembre.

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dernière mise à jour de cette page le 01/06/2018 à 14:42:25