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La Ligue

Au temps de la Ligue
Le Duc de Mercœur au Pays de Fougères

LLes historiens se sont penchés sur cette période très troublée et assez compliquée de notre histoire nationale que furent les Guerres de Religion. Tout comme le rappellent aussi nos historiens locaux, que nous prenons volontiers comme référenceLéon Maupillé, le vicomte Christian Le Bouteiller, Emile Pautrel, Bernard Heudré..., nous constatons également qu’au temps de la Ligue, notre petite patrie en subit bien évidemment les conséquences et se trouva divisée comme la plupart des Français dans leur prise de position, soit en faveur du roi, soit en faveur des Ligueurs, dont l’un des chefs principaux était le duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne.

Quelques archives municipales de Fougères, fort peu nombreuses hélas, et d’autres archives inédites provenant du Fonds de La Haye-Saint-Hilaire récemment classées et répertoriées, nous ont incités à nous pencher à nouveau sur cette période en nous concentrant plus particulièrement sur le Pays de Fougères.

Mais auparavant, il convient, nous semble t-il, de rappeler le contexte de cette période mouvementée, à savoir ce que fut la Ligue et quels en furent la cause et les principaux protagonistes.

La Ligue aussi appelée la Sainte Ligue ou la Sainte Union est le nom donné à un parti de catholiques extrémistes dont le but officiel était la défense de la religion contre le protestantisme mais qui en réalité était conduite par des chefs soucieux d’assouvir surtout leurs ambitions politiques. Cependant le succès de la Ligue est tel qu’elle menaça la monarchie au point qu’en 1588, elle parvint à chasser le roi Henri III de Paris. Mais comment en était-on arrivé là?

Des organisations de catholiques que l’on a désignées comme étant la Première Ligue existaient déjà un peu partout en France, comme la Ligue Picarde créée en 1568. Ces Ligues s’opposaient à l’attribution de places de sûreté à des protestants, une décision qui provoqua colère et révolte contre le roi. Les confréries du Saint-Esprit et d’autres Ligues s’unirent pour restaurer et défendre la Sainte Eglise Catholique, romaine et apostolique. Certains gouverneurs refusèrent de remettre les villes aux protestants, le mouvement s’étendit à d’autres provinces, puis dans tout le royaume, parfois soutenu par des puissances étrangères notamment par les Espagnols dans le Nord de la France.

Le duc de Guise, vaillant capitaine et proche parent de la reine Louise, épouse d’Henri III, car issu de la branche cadette de la Maison de Lorraine, organisa la Ligue de Paris. À la tête d’un puissant clan aristocratique, le but avoué de ce prince français était de réduire l’influence politique du parti protestant, mais l’on ne peut exclure une ambition beaucoup plus personnelle, appuyée sur une logique de clan et une rivalité entre diverses factions proches du pouvoir et de la famille royale: celle de gouverner la France. Son projet de mariage avec Marguerite de Valois afin de se rapprocher encore un peu plus de la famille régnante, ne fut pas du goût de la reine-mère Catherine de Médicis et il dut se résoudre à épouser Catherine de Clèves, la fille du duc de Nevers en 1570.

En décembre 1576, le roi, sans doute par souci politique et afin de la neutraliser, prend la tête de la Ligue et réécrit son programme, ce qui eut pour premier avantage de calmer momentanément l’agitation. L’année suivante, le traité de Bergerac accordait la liberté de conscience et de culte aux protestants ainsi que des places de sûreté pour une durée de six ans.

Lorsqu’il monte sur le trône de France à la mort de son frère Charles IX en 1574, le quatrième fils d’Henri II et de Catherine de Médicis vient d’être élu roi de Pologne l’année précédente. C’est presque clandestinement qu’il quitte ce pays pour rentrer en France afin de monter sur le trône. Il est sacré à Reims le 13 février 1575 et, deux jours plus tard, épouse Louise de Lorraine de Vaudémont.

Henri III
Huile sur bois, château de Versailles, après 1578.

En montant sur le trône de France, Henri III hérite d’un royaume divisé où son autorité n’est que partiellement reconnue. Il est confronté à la guerre menée par Henri de Montmorency, dit roi du Languedoc, et à son frère, François d’Alençon, qui complote à la cour à la tête du parti des Malcontents, s’alliant avec le roi de Navarre, le futur Henri IV, avant de s’enfuir de Paris et de prendre les armes. Succès et revers divers émaillent ces conflits incessants entre les deux partis qu’il serait trop long de développer ici.

Henri III doit faire face à des problèmes politiques, religieux et économiques très sérieux. Quatre guerres de religion se déroulent sous son règne. Son dernier combat sera celui contre la Ligue qui parviendra à le faire assassiner le 1er août 1589 après avoir été poignardé par le moine Jacques Clément.

Le roi aime prendre connaissance des affaires du royaume et entend être au courant de tout. Dans son conseil, il s’entoure de gens compétents. À la cour, il aime promouvoir des hommes de noblesse moyenne à qui il va donner de très hautes responsabilités. Il veut s’appuyer sur des hommes neufs qui lui sont complètement dévoués. On les appellera vulgairement les mignons, terme qui apparaît déjà au XVème siècle sous le règne de Charles VII, pour désigner les favoris des grands seigneurs, sans aucune connotation homosexuelle comme on l’a trop souvent laissé entendre, mais plutôt réservé à des gens fidèles et à des subalternes. On désigne alors aussi bien les mignons de Dieu que les mignons du pape, nom donné aux Jésuites. Sous Henri III, les gentilshommes qui fréquentent la Cour de France s’habillent avec un raffinement démesuré, ce qui choque les bourgeois. Tout comme le roi, ils se fardent, se poudrent et se frisent les cheveux, portent des boucles d’oreille, des dentelles et des fraises empesées. Le peuple se moque d’eux et notamment des favoris du roi qui sont aussi parfois de rudes chefs de guerre qui se couvrent de gloire sur les champs de bataille. Issus de la petite noblesse, c’est aussi le moyen pour eux de s’élever et d’obtenir charges et fortune.

Hostiles à toute frivolité, les prédicateurs protestants condamnent la mode d’alors ainsi que la danse très pratiquée chez les catholiques et s’emploient à dénoncer l’attitude efféminée des courtisans. L’image véhiculée par les protestants est vite reprise par la Ligue catholique qui mène, depuis 1585, une vaste et violente campagne de dénigrement, de calomnie et de désinformation contre le roi et sa cour.

La propagande ligueuse sur les mœurs et la sexualité du roi se poursuivra après son assassinat en 1589 et lui survivra dans l’historiographie du souverain des siècles encore plus tard.

Henri III est décrit par ses contemporains comme un homme pieux, profondément catholique avec un goût pour le macabre, participant aux processions des pénitents, se rendant pour une retraite spirituelle dans les monastères... et aimant particulièrement les femmes. Il est avéré qu’il a épousé Louise de Lorraine par amour et que cet amour était partagé, ce qui n’a pas empêché Henri d’avoir de nombreuses maîtresses, parmi lesquelles figurait la mère de Gabrielle d’Estrées... Cependant il ne leur conféra jamais le titre de maîtresse officielle.

Louise de Lorraine-Vaudémont
Épouse du roi Henri III.

Louise de Lorraine, femme douce et vertueuse, pieuse et très simple, voua en effet à son mari un amour profond qui ne se démentit jamais, malgré les difficultés, les épreuves, les infidélités dont elle souffrit, et la mort de son mari. Mais la plus grande souffrance de la reine était sa stérilité. Bien qu’elle fît plusieurs fausses couches depuis le début de son mariage, l’espoir d’avoir un héritier s’amenuisa peu à peu et le couple royal dut se résoudre à cette fatalité, malgré les pèlerinages (notamment à Chartres) et les cures thermales tentés entre 1579 et 1586.

De son côté, bien qu’infidèle, Henri III aima sincèrement son épouse qu’il associa à sa vie comme aucune reine ne l’avait jamais été auparavant, la faisant paraître dans nombre de cérémonies, de festins et de fêtes officiels. Sans se mêler directement de politique, la reine Louise participait parfois au Conseil du roi et était présente lors de la présentation des ambassadeurs ou figurait encore en bonne place à la séance des Etats généraux. La reine accompagnait son mari le 31 mai 1578, lors de la pose de la première pierre du futur Pont-Neuf à Paris.

Il suffit de visiter le château de ChenonceauSur le territoire de la commune de Chenonceaux. La différence d'orthographe s'expliquerait, selon des sources à confirmer, par une dame Dupin qui, étant propriétaire du château au moment de la Révolution française aurait voulu, par cette suppression du <i>x</i> final, marquer sa différence. Depuis lors, le château est majoritairement orthographié sans le <i>x</i>, à la différence de la commune, qui porte invariablement cette lettre finale. où l’on peut encore voir la chambre de la Reine blanche pour se rendre compte de cet amour fidèle. À la mort de son époux, elle se retira de la cour et ne quitta plus le deuil en blanc des reines, ce qui lui valut ce surnom. Elle ne cessera de s’employer à réhabiliter la mémoire de son mari, excommunié par le pape après l’assassinat du cardinal de Guise. En la circonstance, le pape Sixte-Quint qui savait sans doute aussi que ce prince de l’Eglise n’était pas insensible aux charmes des femmes et que quelques mois seulement avant son assassinat il venait d’avoir un filsIl s’agit de Louis de Guise (1588-1631), baron d’Ancerville, prince de Phalsbourg et Lixeim, grand chambellan du duc de Lorraine., voulut surtout, par ce monitoire d’excommunication, mettre la pression sur le roi pour l’empêcher de se réconcilier avec le protestant Henri de Navarre. Catherine de Médicis avait légué le château de Chenonceau à sa belle-fille. La reine Louise s’y retira pendant 11 ans et installa sa chambre au 2ème étage dont elle fit peindre les murs de noir avec un décor funèbre fait de croix, de pelles et de pioches de l’inhumation avec des cornes d’abondance déversant des larmes Les tentures du lit que l’on voit encore sont décorées de noir et d’argent...

On pourrait penser que la stérilité de la reine Louise n’aurait pas de conséquence chez les Valois, car Catherine de Médicis que l’on avait considérée elle aussi bien longtemps comme stérile, avait donné au roi Henri II dix enfants, dont trois moururent en bas âge. À défaut de descendance, les trois frères: François II, Charles IX et Henri III se succédèrent sur le trône. À la mort d’Henri III, s’il n’avait pas d’héritier, la couronne de France revenait à son jeune frère, François, duc d’Alençon, puis d’Anjou. Mais voilà que ce prince meurt de tuberculose en 1584. La dynastie des Valois est donc condamnée à s’éteindre, car en effet la loi salique qui interdit aux femmes de monter sur le trône (alors que plusieurs filles, dont la fameuse reine Margot, sont toujours en vie), attribue la couronne à la Maison de Bourbon, dont le chef est protestant et n’est autre qu’Henri de Navarre.

Pour les catholiques, l’accession au trône d’un huguenot est rédhibitoire et même la réconciliation entre Henri III et son beau-frère devient inacceptable. La mort du prince François sera la cause de la seconde Ligue, conduite par le duc de Guise qui, craignant l’arrivée d’Henri de Navarre sur le trône de France, signe avec l’Espagne un traité secret par lequel, contre 50.000 écus mensuels, le duc s’engage à empêcher le Béarnais de devenir roi de France et à placer sur le trône le cardinal de Bourbon, oncle du roi de Navarre, second dans la ligne de succession et bien entendu catholique. Pour Philippe II d’Espagne, c’est sans doute un moyen d’affermir la catholicité, mais surtout celui d’affaiblir le roi de France, son rival sur la scène européenne.

La Ligue publie sa proclamation le 31 mars 1585 à Péronne où elle déclare vouloir rétablir la religion unique, soustraire le roi à l’emprise de ses favoris et l’obliger à faire appel régulièrement aux Etats généraux. Les ralliements de chefs militaires se multiplient alors. Le roi Henri III doit céder aux exigences de la Ligue devenue trop puissante et se voit contraint de signer le traité de Nemours le 7 juillet de la même année par lequel il s’engage à bouter les hérétiques hors du royaume et à faire la guerre à Henri de Navarre, son propre héritier. La huitième et dernière Guerre de Religion commence. On l’appellera Guerre des trois Henri, car Henri de Guise, Henri III et Henri de Navarre en sont les trois belligérants.

Henri de Guise (~1585-1590)
dit le Balafré - Musée Carnavalet.

Les victoires et les défaites des Ligueurs et des protestants s’équilibrent pendant cette guerre et se soldent par une sorte de statu quo militaire. Cependant le prestige d’Henri de Guise et de la Maison de Lorraine en sort renforcés. Parallèlement, d’autres ligues se forment dans les villes, d’abord à Paris, puis en Touraine, Champagne, Bourgogne, dirigées comme autant de sociétés secrètes, possédant leur propre armée. Bientôt on considère que le roi n’a plus de légitimité et doit se soumettre aux Etats généraux auxquels la noblesse elle-même doit se soumettre.

Le roi interdit au duc de Guise d’entrer dans Paris, ce dernier passe outre et entre dans une capitale qui soutient son parti et ne tarde pas à se hérisser de barricades en 1588. Menacé, le roi doit se réfugier à Chartres. Contraint de se réconcilier avec les Ligueurs, il signe l’Edit d’Union contre les protestants tout en leur livrant la ville de Boulogne-sur-Mer pour que ces derniers puissent y recevoir la flotte espagnole. Et pour comble de tout, le roi se voit contraint de nommer Henri de Guise, lieutenant-général du royaume, ce qui équivaut au grade de chef des armées. C’est dire que la partie n’est pas gagnée pour le roi.

Que va-t-il faire ? Obligé de convoquer à nouveau les Etats généraux à Blois qui sont, il le sait, majoritairement favorables à la Ligue et lui refusent des subsides, le 23 décembre 1588, Henri III va tenter un coup d’éclat en se débarrassant des Guise.

Au matin du 23, il fait assassiner le duc de Guise dans sa propre chambre à coups de hallebarde par une partie de sa garde rapprochée nommée les Quarante-Cinq. Le lendemain son frère, le cardinal de Guise, subit le même sort. Aux côtés de son frère, il a pris une part active aux guerres menées par la Sainte Ligue et est jugé aussi dangereux que lui. À Blois, le roi fait arrêter les Ligueurs et les membres de la famille de Guise dont l’archevêque de Lyon, le cardinal de Bourbon, le prince de Joinville, fils du duc de Guise, sa mère la duchesse de Nemours et son cousin le duc d’Elbeuf. Plusieurs députés des Etats généraux sont également arrêtés.

Ce coup d’Etat provoque un soulèvement général. À Paris, à la Sorbonne, on délie de son serment de fidélité au roi le peuple français, alors que les prêcheurs appellent au meurtre.

Louis II de Lorraine (1555-1588)
Cardinal de Lorraine puis de Guise, archevêque de Reims.

Toutes les villes suivent, à l’exception de Tours, Blois, Angers, Bordeaux et le Dauphiné. Les provinces tenues par la Ligue (essentiellement la Champagne, le Midi, la région parisienne, la Normandie, la Bourgogne... et la Bretagne tenue par Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, se soulèvent contre le tyran Henri III.

Le roi, isolé près d’Amboise et traqué par le duc de Mayenne, se voit contraint de traiter avec Henri de Navarre. Les deux hommes se rencontrent à Plessis-les-Tours le 30 avril 1589. Les troupes royales et protestantes, fortes de 30.000 hommes, s’unissent alors pour combattre la Ligue et faire campagne ensemble pour aller assiéger Paris plongé dans un délire fanatique et défendu par les 45 000 hommes de la milice bourgeoise armée par le roi d’Espagne Philippe II.

En attendant le siège de Paris, Henri III s’est installé à Saint-Cloud. C’est alors que le 1er août 1589, le roi est poignardé sur sa chaise percée par Jacques Clément, un moine dominicain ligueur. Méchant moine, tu m’as tué!, s’exclame-t-il ! Après une lente et douloureuse agonie le roi décède au matin du 2 août. Son cousin, Henri de Navarre, lui succède sous le nom d’Henri IV. Il lui faut maintenant conquérir son royaume.

La Ligue oppose une résistance acharnée au roi huguenot à qui elle préfère son oncle, le cardinal Charles de Bourbon, aussitôt appelé Charles X et qui mourra en prison en 1590. Bien qu’écrasée à la bataille d’Ivry le 14 mars 1590 et éprouvée par deux sièges successifs de la capitale, la Ligue ne désarme pas. Elle connaît cependant une fracture lorsque le duc de Mayenne, frère d’Henri de Guise et chef de la Ligue nobiliaire, rentre à Paris pour punir les extrémistes qui y font régner la terreur.

Au final, à partir de 1591, les excès de la Ligue, son penchant pour un prince étranger, son financement espagnol, sa remise en cause de la monarchie, détachent progressivement de la cause les royalistes ainsi que les villes du royaume. Mais pourtant, ce ne sera que lorsque Henri IV abjurera sa foi protestante pour retourner au catholicisme et se sera fait sacrer à Chartres le 27 février 1594 avant d’entrer dans la capitale quelques mois plus tard, que la Ligue verra le commencement de sa fin. Les derniers Ligueurs, conduits par le duc de Mayenne et épaulés par les Espagnols, sont battus et mis en déroute à Fontaine-Française en Bourgogne. La Paix de Vervins oblige les Espagnols à abandonner les dernières places qu’ils tiennent encore en France. La fin définitive de la Ligue n’aura lieu cependant qu’après la soumission du duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne qui en sera le dernier combattant. Le seul noble ligueur qui refusera de se rallier à Henri IV sera le duc d’Aumale.

Sans cette évocation historique de la Ligue, longue et douloureuse, qu’il convenait pourtant de remettre dans son contexte, il aurait été difficile de comprendre les agissements du duc de Mercœur dans notre pays de Fougères, ce à quoi nous allons nous attacher maintenant.

Le Duc de Mercœur entre en scène

Qui était donc ce duc de Mercœur qui marqua tant notre pays pendant cette période troublée ?

Le Duc de Mercoeur (1558-1602)

Philippe-Emmanuel de Lorraine, car tel était réellement son nom, est issu du deuxième mariage de Nicolas de Lorraine, comte de Vaudémont, baron puis duc de Mercœur, avec Jeanne de Savoie-Nemours, fille de Philippe de Savoie, duc de Nemours et de Charlotte d’Orléans-Longueville. Lorsque Philippe-Emmanuel naît à Nomeny en Lorraine le 9 septembre 1558, son père est alors régent des duchés de Lorraine et de Bar pour son neveu Charles III.

Membre de la Maison souveraine de Lorraine dont les Guise sont également issus, Philippe-Emmanuel est aussi le frère de Louise de Lorraine-Vaudémont, épouse d’Henri III.

Le 12 juillet 1576, celui qui deviendra duc de Mercœur à la mort de son père l’année suivante, épouse Marie de Luxembourg, duchesse de Penthièvre et d’Etampes, héritière de la vicomté de Martigues, ce qui lui procure un énorme patrimoine notamment en Bretagne où sa femme pourrait avoir des prétentions sur le duché qui n’est rattaché à la France que depuis 1532 seulement, ce qui ferait de Mercœur un chef de lignage.

Conseillé par son oncle maternel le duc de Nemours, Mercœur fait ses premières armes lors des 6ème et 7ème guerres de religion et on le retrouve à la bataille de Dormans en 1575, aux sièges d’Issoire et de Brouage en 1577, ou encore à celui de La Fère en 1580.

Devenu le beau-frère d’Henri III, Mercœur joue un rôle d’intermédiaire entre le roi et la Maison de Lorraine; de ce fait aussi, son intégration à la cour est également largement facilitée. Henri III se montre d’ailleurs généreux envers lui: la confirmation de son titre de duc de Mercœur et de Pair de France, son agrégation comme chevalier dans la première promotion du nouvel Ordre du Saint-Esprit créé par le roi en 1579, son élévation au titre de prince de Martigues les années suivantes font de lui un personnage de première importance. Sa carrière atteint son apogée le 5 septembre 1582 lorsqu’Henri III le nomme gouverneur de Bretagne, ce qui comble ses desseins et son ambition. Ces faveurs royales sont jugées démesurées par ses détracteurs qui ne manquent pas de rappeler ses défaites et ses fuites dans les campagnes de 1585, 1587 et 1588 contre les protestants. Il a d’ailleurs acquis une réputation de piètre guerrier et Brantôme n’hésite pas à le surnommer le Duc de Recule.

Jusqu’en 1588, le duc de Mercœur adopte d’abord une attitude d’obéissance envers Henri III, même si depuis 1584 on peut percevoir chez lui une certaine adhésion à la Ligue. Depuis qu’il est gouverneur de Bretagne, il réside souvent dans la province. À la mort du duc d’Anjou, frère du roi et héritier du trône et la désignation d’Henri de Navarre qu’il refuse, Mercœur mène une politique particulière en Bretagne aux côtés de ses cousins les Guise.

Profitant largement des troubles ligueurs et des conditions du traité de Nemours, il prend soin de ne pas s’aliéner ouvertement le roi. Retors et calculateur, la politique de Mercœur est de se maintenir dans la faveur du souverain contre les mignons et ainsi préserver ses ambitions personnelles. Ce qui n’exclut pas la sincérité de sa foi dans sa lutte contre les Réformés et ce sera dans cet esprit qu’il ravagera le Poitou en 1587.

Après l’assassinat du duc de Guise et de son frère, toute la famille, nous l’avons vu plus haut, est mise en état d’arrestation. Prévenu par sa sœur, la reine Louise, Mercœur s’échappe et se réfugie en Bretagne. À la mort d’Henri III, il invoque les droits héréditaires de sa femme La belle Nantaise sur la province où il établit un gouvernement indépendant à Nantes et titre son fils prince et duc de Bretagne. Concrètement, Mercœur ambitionne de restaurer la souveraineté de l’ancien duché breton à son profit. Il tient d’ailleurs une véritable cour à l’hôtel de Briord et fait fortifier le quartier du Marchix à Nantes. Les croix de Lorraine que l’on voit encore au château des Ducs ont été sculptées à son initiative.

Le 18 avril 1589, Henri III avait retiré la charge de gouverneur de Bretagne à son beau-frère désormais tenu pour rebelle, et l’avait confié à François de Bourbon, comte de Montpensier et prince de Dombes que l’on retrouvera aussi à Fougères.

Lorsqu’Henri IV devient roi de France, le duc de Mercœur prend la tête de la Ligue Bretonne et se proclame Protecteur de l’Eglise catholique et romaine dans cette province qui, au début du moins, se sentait peu concernée par les mouvements de la Ligue. Les Bretons qui étaient devenus Français depuis moins de 50 ans, n’étaient peut-être pas mécontents de pouvoir espérer la restauration de l’indépendance du duché, aussi firent-ils pour la plupart et dans un premier temps, confiance à Mercœur. Cependant son attitude radicale dans son opposition ouverte à Henri IV et sa violence répressive amenèrent une guerre civile confuse en Bretagne entre 1589 et 1595. Afin de mater les résistances, le duc de Mercœur fit appel à Philippe II d’Espagne qui envoya des troupes dans la province (Les Espagnols occupent la presqu’île de Crozon et le Blavet et battent le duc de Montpensier envoyé par Henri IV à Craon en 1592).

Mercœur sera le dernier chef ligueur à se soumettre au roi Henri IV en 1598. Ce ne sera d’ailleurs qu’après la défection de Philippe II d’Espagne qui a signé la Paix de Vervins que le duc, acculé, se soumit non sans avoir négocié sa reddition contre une forte somme que le ministre Sully évalua à 4.295.350 livres, et le mariage de sa fille Françoise avec César de Vendôme, fils bâtard du roi et de Gabrielle d’Estrées.

Afin de sceller cette reddition fortement coûteuse, Henri IV choisit Nantes pour signer le fameux édit le 13 avril 1598 dans lequel le roi accordait également son pardon aux principaux lieutenants du duc de Mercœur en leur donnant la possibilité de rejoindre l’armée royale. L’année suivante, en 1599, Mercœur partit combattre les Turcs qui menaçaient d’envahir l’Europe. Nommé généralissime, il ne parvint pas à vaincre les Ottomans mais réussit à prendre d’assaut quelques places. Atteint de la fièvre pourpre, il mourut à Nuremberg, une ville protestante, en 1602. Son corps, ramené en France, fut inhumé en Lorraine. Son cœur fut remis aux Capucins de Nantes comme il l’avait demandé. À Paris, un service en grand apparat fut célébré à Notre-Dame et une vibrante oraison funèbre fut prononcée par saint François de Sales saluant les braves François quand ils ont Dieu de leur costé; qu’ils sont dévots !; qu’ils sont heureux à combattre les Infidèles.... Par la voix d’Aubigné, les protestants répliquaient: Malheureux aux guerres contre les réformés, Mercœur avait combattu les infidèles avec un heur non pareil.

Le protestantisme au Pays de Fougères

Pour connaître l’état d’esprit et la formation des différents partis qui virent le jour au Pays de Fougères à cette époque, nous laissons volontiers la parole au vicomte Le Bouteiller qui après avoir étudié les archives, écrit dans son ouvrage sur l’histoire de la ville et du Pays de FougèresVicomte Le Bouteiller: <i>Notes sur l’Histoire de la Ville et du pays de Fougères</i> - Tome IV, page 11.:

Le parti du roi se composait principalement de l’ancienne noblesse, de ces vieilles et puissantes familles qui occupaient une haute position et que les rois de France, après les ducs, choisissaient fréquemment comme capitaines des places fortes. Tels étaient les Le Porc et les de La Haye qui avaient fourni des capitaines à Fougères, les de La Marzelière, les de Langan, les Le Bouteiller... Plusieurs membres de ces familles, comme René de Langan, avaient passé leur jeunesse à la cour dans l’intimité des souverains. Ces seigneurs étaient puissants dans le pays; ils y possédaient des domaines considérables, pouvaient lever des troupes et leurs châteaux pouvaient, en cas de besoin, devenir de petites forteresses... ... La vieille noblesse allait suivre le parti du roi. Les du Hallay, à Montbraud, les Harpin, à Marigny, rentraient dans cette catégorie et ces puissants seigneurs allaient devenir les adversaires les plus à craindre de Mercœur qui leur ferait une guerre acharnée. Ils étaient sincèrement catholiques et ennemis naturels des huguenots, mais ils se défiaient des projets secrets et ambitieux de Mercœur et, connaissant mieux les hommes que ceux qui, entraînés par leur zèle pour la religion, se laisseraient prendre à ses pièges, ils cherchaient avec désintéressement le bien du pays qu’ils voyaient dans le maintien du pouvoir royal... Ils pèseront de tout leur pouvoir sur Henri IV pour obtenir son abjuration. Sa conversion sera le but de tous leurs efforts. Ils veulent le roi, mais le roi catholique.

Parmi ceux qui étaient favorables à la Ligue se trouvait la vieille bourgeoisie qui avait rempli des charges civiles importantes, avait mérité la confiance de ses concitoyens, avait justement conquis aisance, fortune et considération pour les services rendus à la ville et au pays et qui venait même d’acquérir la noblesse, non pas peut-être au prix du sang versé pour la défense du pays mais pour des œuvres non moins utiles et non moins méritoire. Cette classe était nombreuse. Ceux-là avaient vécu loin de la cour... C’était parmi cette classe que se recrutaient les magistrats de nos villes, les sénéchaux, les lieutenants, les procureurs des communautés, les députés aux Etats; c’est dans ces familles que nos églises trouvaient leurs bienfaiteurs, ce sont elles qui bâtissaient les chapelles... C’est encore parmi leurs membres qu’on choisissait les administrateurs, les chapelains, les trésoriers, la plupart des fonctionnaires civils... Riches, considérés, possesseurs de belles et bonnes terres, ils formaient une classe heureuse, honorable et honorée, moins brillante peut-être que celle des grands seigneurs, mais de mœurs plus douces et plus paisibles... Ces hommes pieux, bons et capables, allaient en général devenir des Ligueurs et ne distinguant pas tout d’abord les projets ambitieux des Guise et des Mercœur, entreraient d’enthousiasme dans cette association qui leur paraissait n’avoir d’autre but que la défense de la religion catholique contre la religion réformée...

Dans les attitudes des uns et des autres, nous verrons qu’effectivement l’historien fougerais avait vu juste. De fait, ce furent les grandes familles qui s’opposèrent à Mercœur et prirent le parti du roi par fidélité à une monarchie qu’ils servaient depuis toujours. La religion, même si elle tenait une grande part dans leur existence, ne joua pas le premier rôle car certains membres de ces familles étaient parfois huguenots.

La famille de La Haye Saint-Hilaire avait pris le parti du roi et les archives de la famille en témoignent encore. En effet, le seigneur de l’époque, Augustin de La Haye-Saint-Hilaire dont on ignore exactement le rôle, fut même assassiné par un ligueur, un certain sieur du Plessis, le lundi des Rameaux 1570. Une lettre du roi Charles IX, conservée dans le fonds des archives de La Haye Saint-Hilaire, adressée à la famille en 1571, en fait étatArchives Municipales de Fougères – Fonds de La Haye Saint-Hilaire – 53 Z 21 (10)..

Les circonstances de l’assassinat d’Augustin de La Haye-Saint-Hilaire sont restées assez obscures mais ce meurtre fit suffisamment de bruit pour que le roi lui-même intervienne. Marié à sa cousine, Louise Le Sénéchal du Rocher, Augustin de La Haye Saint-Hilaire n’avait pas de descendant, de sorte que ce fut son frère, Léon de La Haye-Saint-Hilaire, alors gouverneur de Fougères, qui recueillit sa succession.

Les archives familiales de La Haye Saint-Hilaire conservent encore une lettre du roi Henri III, adressée à Léon de La Haye Saint-Hilaire en 1584, ordonnant au sieur du Plessis, assassin présumé de son frère, à comparaître devant la Cour de JusticeArchives Municipales de Fougères – Fonds de La Haye Saint-Hilaire – 53 Z 22 (9).. Une autre lettre du roi Henri III est encore adressée à la veuve de Léon de La Haye-Saint-Hilaire (mort en 1586), à propos de cet assassinatArchives Municipales de Fougères – Fonds de La Haye Saint-Hilaire – 53 Z 22 (12).. Nous ne connaissons pas hélas les suites judiciaires de cette affaire, mais nous pouvons penser que le seigneur de La Haye-Saint-Hilaire était suffisamment impliqué dans le parti du roi pour qu’en reconnaissance des services rendus, le roi Henri IV, en 1593, érigea la terre de la Haye en châtellenieArchives Municipales de Fougères – Fonds de La Haye Saint-Hilaire – 53 Z 223 (13)., ce qui fut confirmé par Louis XIII, son fils, en 1618Archives Municipales de Fougères – Fonds de La Haye Saint-Hilaire – 53 Z 27 (28)..

Au moment de son assassinat, outre son frère Léon, Augustin de La Haye Saint-Hilaire avait également un autre frère, René de La Haye Saint-Hilaire, chanoine de Rennes et abbé de l’abbaye de Rillé depuis 1569. Mort en 1581, ce fut Melchior de Marçonnay, grand vicaire du diocèse de Rennes, un ligueur pur et dur, amené par Mercœur, qui lui succéda.

Nous verrons que la famille de La Haye Saint-Hilaire continuera à jouer un rôle important dans sa lutte contre la Ligue. Le fils unique de Léon de La Haye-Saint-Hilaire, René, figure marquante de la famille, accueillit le Prince de Dombes à La Haye où il établit une garnison.

L’ancien manoir de La Vieuville

Il n’y avait que quelques petits foyers de protestantisme au pays de Fougères, arrivés d’ailleurs parfois assez tard, voire même après la reddition de Mercœur. Emile PautrelEmile Pautrel: <i>Notices d’histoire et d’archéologie pour la région de Fougères</i> n°73, page 76, qui reprend Léon Maupillé qui, lui-même, s’était inspiré de Paris-Jallobert., un autre historien fougerais, nous dit que ce fut Judith de la Musse, fille d’un huguenot de Vitré, qui amena avec elle une petite colonie protestante à Le Châtellier, lorsqu’elle épousa César de la Vieuville en 1603. Une église du culte réformé fut érigée dans le manoir. Ce fut la seule dans la région, dit-il. César de La Vieuville qui était également seigneur de La Bécannière, terre seigneuriale de la paroisse de Javené, aurait pu amener la nouvelle religion dans sa seigneurie. Il n’en fut rien. Aucune mention d’une quelconque hérésie n’est laissée par le recteur de l’époque dans les registres paroissiaux conservés.

L’église réformée de La Vieuville fut desservie par des pasteurs venant de Vitré où les protestants étaient nombreux, jusqu’en 1641 ou 1642, temps où elle fut mise en possession d’un ministre particulier. Un nommé Bourceau en était pasteur en 1660. Mais, bien auparavant, on retrouve César de La Vieuville participant à un synode protestant à Vitré en 1617, au cours duquel il s’adressa à l’assemblée pour inviter les pasteurs à visiter le plus souvent possible, l’église fondée en sa maisonAbbé Paris-Jallobert: <i>Journal de Fougères</i> mars 1879.. L’église de La Vieuville avait une petite succursale à Villavran, en Louvigné-du-Désert, et une autre au Rocher-Portail en Saint-Brice-en-Coglès, desservies l’une et l’autre par les mêmes pasteurs. Selon Léon Maupillé, un petit centre protestant existait également au manoir de la Godelinais en la paroisse de Mellé. Quant à la terre de Villavran, elle appartenait aux du Châtellier, eux-mêmes huguenots tout comme les Le Limonnier, seigneurs des Haries en Dompierre-du-Chemin, les Le Porc, seigneurs de Larchapt en Romagné, de La Celle, seigneur de la Sécardais en Mézières-sur-Couesnon... Ce sont d’ailleurs, semble-t-il, les seules familles huguenotes connues faisant partie de la noblesse locale.

Après la Révocation de l’Edit de Nantes, la plupart abjurèrent dans les conditions que l’on sait, c’est-à-dire, le plus souvent contraints et forcés. 19 protestants firent retour au catholicisme en 1686 en l’église du Châtellier.

Le Duc de Mercœur à Fougères

La guerre faisait rage entre catholiques et protestants. En 1576, Henri de Navarre rassemblait des troupes importantes dans la région d’Alençon, Montgommery en faisait autant à Ducey et mettait la Normandie à feu et à sang. L’inquiétude était grande à Fougères, et les comptes des miseurs de la ville encore conservés montrent que le gouverneur de l’époque, Germain d’Anthenaise, faisait effectuer des travaux sur les fortifications de la cité pour les mettre en état de défense. La petite ville d’Antrain est également sur ses gardes et, en 1575, elle cachait son Trésor, barrait les chemins avec des arbres abattus et arrêtait l’eau de la Loizance pour construire une zone inondable protectrice.

Alors que protestants et catholiques finissent par signer la paix en 1576, un troisième parti, la Ligue, se forme, conduite en Bretagne, nous l’avons vu, par le duc de Mercœur. Des troubles éclatent, une garnison, réclamée par les Fougerais depuis longtemps pour les défendre, est placée à Fougères au début de l’année 1577. Une lettre de M. de Bouillé qui commandait les troupes, nous apprend que les bourgeois de la ville de Fougères ont décidé de nourrir chacun un bon harquebuzier des paroisses jusques au nombre de 60.... Les seigneurs locaux amenaient des troupes également en ville et tous ces gens d’armes qu’il fallait nourrir et entretenir furent la cause de troubles et de mécontentements. La population dut en effet subir de lourdes et nombreuses réquisitions de vivres et de fourrages. Après un nouveau traité, celui de Bergerac, entre les protestants et les catholiques, on aurait pu croire que le pays aurait été enfin tranquille. Il n’en fut rien, car de graves événements se préparaient en Bretagne.

Comme nous l’avons vu également, l’assassinat du duc de Guise et de son frère le cardinal de Guise en 1588 provoqua une indignation générale contre le roi. En Bretagne, Mercœur considéra la mort du Balafré comme un événement propice qui favoriserait ses desseins, ne dissimulant plus ses sentiments devant le représentant du roi qui venait lui annoncer la nouvelle.

Le duc de Mercœur

Henri III chargea M. de Faucon de Ris, premier président du Parlement de Bretagne, d’aller porter un message à Mercœur qui se trouvait à Nantes. Ce dernier ne craignit pas de le faire arrêter, ainsi que son fils et son gendre, et de les faire conduire à Ancenis. En même temps, il faisait arrêter Troïlus de Mescouet, marquis de La Roche, qui venait d’être nommé gouverneur de Fougères par le roi alors qu’il revenait de la cour. Mercœur le garda prisonnier pendant sept ans au château de Nantes dont il venait de s’emparer. L’étendard de la révolte était levé !

Comme les autres villes françaises, la ville de Rennes ne tarda pas à s’émouvoir elle aussi. La Ligue commença à s’agiter; plusieurs meneurs soulevaient les esprits, excités par des prédications violentes. Cependant, le 4 mars 1589, le Parlement rendit un arrêt portant réquisition faite à Mercœur d’enlever ses garnisons de la province et de libérer M. de Ris, leur premier président, que le duc avait fait arrêter.

Le 13 mars, des ligueurs font courir le bruit que l’un des capitaines de la ville, Montbarot, veut faire entrer des huguenots en ville. La cité rennaise est en émoi, des barricades sont élevées, on prend les armes. En vain, le Parlement députe les présidents Harpin et Barrin et le sénéchal, Guy Le Meneust. Rien ne peut calmer les Rennais. À la nouvelle de ces événements, Mercœur part de Nantes et arrive le 14 au soir à Rennes où il entre sans aucune résistance par la porte des Foulons. Dès le lendemain, le duc se rend à l’hôtel de ville et fait sommer le capitaine de la ville, Montbarot, de sortir de la ville et de lui remettre le commandement qu’il avait reçu du roi. Courageusement celui-ci refuse, mais doit bientôt s’incliner.

Fort de ce succès, Mercœur décida de s’emparer de Fougères, ville à laquelle il attachait beaucoup d’importance car non seulement il pourrait en retirer d’importantes ressources, mais y établir aussi son quartier général afin d’aller faire le siège de Vitré, ville protestante qu’il convoitait. Il ne négligea donc aucun moyen pour assurer la soumission des habitants qui lui résisteraient et pour mettre la place à l’abri d’un coup de main. Il y établit donc une forte garnison, y réunit des approvisionnements considérables et fit travailler sans relâche au rétablissement des fortifications.

Le gouverneur de Fougères, le marquis de La Roche, ayant été arrêté par Mercœur , le château avait été placé sous le commandement de M. de Gréal. La plupart des sympathies des Fougerais était pour la Ligue, aussi Mercœur bénéficiait-il déjà, surtout en ville, d’un sentiment favorable, de sorte qu’il ne faut guère s’étonner qu’il y fut bien accueilli. De Gréal tenta, mollement, de faire quelque acte de résistance en s’enfermant dans le château, mais Mercœur, déjà maître de la ville, moyennant un petit pactole de 1.500 écus, s’en fit ouvrir les portes sans grandes difficultés.

Le château de Fougères

Installé en maître à Fougères, Mercœur demeure chez le sieur Vivien des Renardières, dans un manoir qui se trouvait à la Vigne et non à Gibary, comme on l’a parfois écrit, car ce lieu-dit situé en la paroisse de Lécousse ne possédait pas d’habitations convenables et suffisantes pour héberger le chef de la Ligue et sa suite pendant un temps relativement long puisque Mercœur resta à Fougères du 21 mars au 4 avril 1589, et qu’il y revint à plusieurs reprises par la suiteMercoeur est encore à Fougères le 11 avril, les 27 et 28 mai, et il y revint le 14 août 1589 après le siège de Vitré.. Un compte de miseur de l’époque nous apprend que Mercœur était bien fêté et bien logé à Fougères qui dut payer la tapisserie de sa chambre ainsi que le linge dont il se servait.

Henri III demanda au Parlement, au gouverneur de Rennes et au lieutenant général de la ville de ramener la capitale bretonne en son obéissance. Sous l’impulsion des présidents du Parlement Harpin et Barrin, la ville de Rennes se souleva bientôt contre Mercœur et la Ligue et se déclara ouvertement pour le parti du roi. Mercœur se mit en route pour reprendre la ville, mais devant la difficulté de l’entreprise, il abandonna son projet pour rejoindre Nantes, tout en ordonnant de faire amas du meilleur nombre de gentilshommes et soldats pour faire la guerre aux huguenots et leurs partisans, à ceux de Rennes et autres qui les assistent et favorisent, prendre des prisonniers, leur faire payer rançon, courir, ravager, prendre et enlever de leurs maisons et retraites leurs vivres, victuailles et munitions, rompre les passages, empêcher et arrêter les vivres, blés, vins et autres choses allant audit Rennes... et généralement faire tous actes d’hostilités sur lesdits ennemis et leurs adhérentsD’après dom Morice – <i>Preuves</i> - III – 1496.

Les partisans de Mercœur n’exécutaient que trop bien les ordres du duc et perpétuaient partout violences et dévastations. Les nombreux arrêts du Parlement contre tous ces excès ne servirent qu’à montrer combien la justice est démunie en présence d’une armée rebelle.

Nous avons un exemple de ces exactions commises à Fougères, où après le départ de Mercœur, la garnison qu’il a mise en place se croit tout permis. Un document inéditArchives municipales de Fougères – Fonds La Haye-Saint-Hilaire – 53 Z 23 (14)., tiré des archives familiales de La Haye-Saint-Hilaire, nous montre ainsi l’envers du décor.

Il s’agit de la réponse signée de sa main, faite par Mercœur à la suite d’une plainte des Fougerais contre des exactions commises envers eux par la garnison stationnée en ville et au château. Ce document, établi à Vannes, est daté du 13 mai 1594.

Lettre du Duc de Mercœur à la suite de la plainte des Fougerais contre la garnison.

Ce document, au titre pompeux dePhilippe Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur et de Penthièvre, Pair de France, Prince du Saint-Empire et de Martigues, Gouverneur de Bretagne, est adressé aux Sénéchal, juges et officiers en la justice de Fougères. Il fait suite à la remontrance faite par la députation des habitants dudit Fougères à messieurs des trois états de ce pays en leur assemblée tenue en cette ville.

Cette remontrance dénonce le fait que les capitaines et soldats qui sont en garnison en la ville et chasteau d’iceluy Fougères, entreprenant sur la juridiction ordinaire et par force veulent connaître de tous la fonction. C'est-à-dire que sous ce prétexte de légalité, ils peuvent se permettre d’agir à leur guise. Ainsi la remontrance dénonce-t-elle que les gentilshommes réfugiés et lesdits capitaines et soldats étant en ladite ville font abattre du bois tant en forêt dudit Fougères qu’en autres lieux sans commission et permission des juges des eaux et forêts, même sans procès-verbal ni marque comme il est requis, contraignant les habitants des paroisses d’abattre lesdits bois et de les conduire et commandent à leurs frais en ladite ville....

Non seulement les Fougerais sont mis à contribution pour abattre et charroyer le bois abattu vers la ville à leurs frais, mais à défaut ils peuvent être condamnés à payer des amendes voire à une peine de prison. La remontrance signale en effet: ...Même pour charrois et autres qu’ils supposent être dûs, tellement que les prisons dudit Fougères sont remplies de telles gens et y meurent journellement à cause de la fatigue et la pauvreté qu’ils y endurent....

Dans sa réponse, le duc de Mercœur interdit aux capitaines et soldats de contraindre lesdits habitants des paroisses de couper, abattre et mener le bois en ladite garnison, sous peine d’en répondre en leur prinz (propre) nom, et défense est aussi faite aux gentilshommes, capitaines et soldats imposer aucune corvée ni contraindre les habitants des paroisses aux restants des commissions... et ordonne que les prisons seront ouvertes à ceux qui y sont retenus... et pour informer de toutes les susdites malversations afin de faire le procès à ceux qui se découvriront en être chargés et punis selon l’exigera du cas...

Mercœur ne soutient donc pas les actions des responsables de sa garnison, et les menaçe de sanctions. Par ailleurs, il fait libérer les Fougerais qui croupissent en prison.

Mais le duc doit aussi statuer sur un autre abus également mentionné dans la remontrance qui s’exerce notamment à l’occasion des marchés et des foires. La garnison ligueuse s’en prend aux marchands qu’ils rançonnent et se sert largement au passage en marchandises. On peut lire en effet:

Et sur autre remontrance fait aussi état par lesdits députés de Fougères que les marchands, villageois et laboureurs, pour être pris et menés prisonniers, allant et tenant aux foires et marchés en ladite ville, et leurs marchandises arrêtées tant par les soldats étant aux barrières que par les sergents qui commettent abus et grande ration sur le pauvre peuple faute du paiement des deniers qui se louent audit Fougères... les dites foires et marchés sont gâtés et détruits, ce qui apporte une grande incommodité à la ville...

Mercœur écrira: À ces causes, en l’absence d’un roi reconnu catholique, désirant pourvoir à la supplication qui nous a été faite par lesdits députés en leur assemblée, ayant égard que c’est pour le bien du public et soulagement du pauvre peuple, nous défendons expressément à tous gentilhommes, capitaines, soldats et autres, étant en garnison en ladite ville et chasteau de Fougères, de s’entremettre, ni empescher la fonction de la juridiction ordinaire, pour couper ou faire couper, abattre et dépeupler les bois sous la contrainte les habitants. Ordonnons aussi ne pourront les marchands, villageois, laboureurs et autres être arrêtés ni être commis à la contrainte du paiement des deniers qui se louent audit Fougères....

Si les Fougerais, en la circonstance, obtiennent satisfaction, le duc de Mercœur n’avait pas pour autant renoncé à user de représailles contre ses opposants, notamment contre les membres du Parlement de Bretagne dont il voulait se venger.

Ce fut ainsi qu’une troupe venant de la garnison de Fougères s’en alla piller le château de Marigny à Saint-Germain-en-Coglès, appartenant au Président Harpin. La famille du président du Parlement fut également la cible de la vengeance du duc: le château du Hallay, en Landéan, et celui de Montbrauld, en Fleurigné, furent forcés, pillés et brûlés. De nombreuses terres furent saisies et confisquées. Parmi ces terres confisquées figurent d’abord celles appartenant aux membres du Parlement contre lesquels Mercœur gardait une furieuse rancune. Il mit la main sur toutes les propriétés du Président François Harpin et du président à mortier Jacques de Launay. Nous trouvons également des terres appartenant à la famille de La Haye-Saint-Hilaire qui n’est pas nommément citée mais désignée comme étant du parti contraire.

Les Archives municipales de FougèresArchives municipales de Fougères – Fonds ancien: AA 1 (3). conservent la liste des biens confisqués qui furent mis en location en 1593. La saisie fut effectuée avant cette date mais celle-ci n’est pas indiquée. On peut cependant la situer au moment de la prise de possession de Fougères par Mercœur. La liste est longue, ce qui prouve que le duc avait de nombreux opposants. Ils sont surtout cantonnés dans le Vendelais Vitriais, dans les paroisses de Châtillon, Montreuil Javené, Luitré, Mecé, Princé, Vendel, Dompierre, Parcé, Billé, dans les pays de Louvigné et d’Antrain. On trouve également un assez grand nombre de membres du clergé parmi lesquels plusieurs recteurs de paroisses rurales. Tout ce que possédait l’abbaye de Savigny fut saisi.

Listes des biens saisis par Mercœur mis à bail en 1593.

L’en-tête du document conservé est ainsi rédigé: En suit l’estat des terres saisies sur ceux du party contrère à la Sainte Union des Catholiques ou résidant aux villes tenant ledit contrère parti, tant des baux à ferme d’icelles que de celles qui sont baillées en abiènement en vertu des commissions et ordonnances de Mgr le duc de Mercœur et de Penthièvre, pair de France, prince du Saint-Empire et de Martigues, gouverneur de Bretaigne pour l’an présent 1593 au jour saint Georges dudit an et finissant à pareil jour 1594, auxquels il est procédé par nous Jan Louaisel, sieur de la Mettrie et du Rosset, conseiller du roy, sénéchal de Fougères, présent et requérant le procureur du roy en ladite court auquel estat sont comprinses tant lesdites terres situées en la baronnie de Fougères que en la chatellenie de Chastillon en Vendelays, comme sera cy-après déclaré.

Dans la liste établie, on peut remarquer que lorsqu’on voulut louer les terres confisquées, peu de personnes se présentèrent et nous trouvons souvent les mêmes enchérisseurs qui, parfois, louent huit ou neuf terres importantes pour des prix très minimes. Beaucoup de terres ne trouvèrent pas preneur et restèrent en abiènement comme il est dit dans le document (c’est-à-dire sans location), elles furent mises d’office sous la responsabilité des anciens fermiers.

Le Vicomte Le Bouteiller qui a étudié ce document autrefois alors qu’il se trouvait encore à la Bibliothèque municipale de Fougères, n’établit pas la liste des biens saisis mis à bail. Pour s’en faire une idée plus précise, nous la reproduisons donc dans son intégralité.

27 juillet 1593

LieuPropriétaireBailleurLocationCaution
La Cornulais en ParignéGuy HautièreFrançois de Chareuse, sieur de la Grimaudière36 écus
Ce qui dépend de l’abbaye de Savigné en la baronnie de FougèresGuillaume Miollais, sieur de Cèdre250 écusAndré Landais
La Petite TortaisPrésident LaunayJan Ballé, dit Lafontaine30 écus 1/3 Maître Guillaume Gérard
Le revenu de la cure de BailléGuillaume Turquin-Caillebottière22 écus
Le revenu de la châtellenie de Châtillon en Vendelais, moulins, fiefs et juridictionLe sire de LavalPierre Escot1620,10 écus
Le lieu de l’Escoublère et de la Vaudrarye en la paroisse de ChâtillonAppartenant à un de VitréGilles Louedron22 écusJean Collin Villandré
Ce qui appartient au village de la Louarche en Châtillon et la Charbottière en Mon-treuil.Julien Baron Hattaye, soldat de la garnison de ChâtillonGilles Louedron8 écus
Le lieu des Noës en la paroisse de GennesGuillaume de Gennes, de VitréPierre Lambert25 écusMaître Guillaume Oger-Buffardière
Le lieu des DrouaryesSaisi sur le parti contraireMaître Abel Fourmont28 écus
Le lieu des Cures en la paroisse de JavenéAppartenant à l’héritier du feu sieur dudit lieuJacques Rousseau17 écus
Les lieux du Rocher-Laroche, la Roulière, le bourg de Luitré, le BouexayMichel du BoysJacques Bidault 60 écus
Ce qui dépend du prieuré de Sainte-Croix de Vitré en les paroisses de La Selle, Luitré et PrincéGuillaume Ferrand31 écus
Le lieu de Mésaubouin en la paroisse de BilléPrésident de LaunayJohan Meneust, sieur des Boisguyons27 écus
Ce qui appartient à Jean Bigot Colleraye, soldat de la garnison de Châtillon, au village de la Tolleraye en Billé et la Tufferaye en JavenéJean BigotBonaventure Bardoul8 écusJulien Hubaudière-Pibray
Le lieu des Rues en VendelAppartenant à un parti contraireJean Pirotais3 écus
Le lieu de la LizandièreEtienne Reigner, de VitréLe sieur Bardoul10 écusLedit Hubaudière

Du pénultième jour de juillet dit an (30 juillet 1593)

LieuPropriétaireBailleurLocationCaution
Les lieux de la Hodarye et la Tubrélinière en la paroisse de Mecé Estienne Reigner, de VitréJulien Cherbonnel, sieur de Monsault20 écus
Le lieu de la Picoulière en la paroisse et juridiction de ChâtillonAppartenant à un de VitréJean Collin-Villandré14 écus
Le lieu de la Petite-Piltière en la paroisse de JavenéFrançois Godard, demeurant à RennesAdrien Descorce, sieur des Arons12 écusJean Brun
Le lieu de la Guesnerye en MecéRousselet, de VitréJean Collin-Villandré16 écus
La terre et seigneurie des Haries, métairies et moulins de Courtillé, fiefs et juridiction et dépendancesAppartenant au sieur desdits lieuxPierre Le Maignan, sieur de la Jallonnière68 écus
Ce qui appartient à Panloup, soldat de Châtillon, au village de la Jalesne en DompierrePanloupGilles Louedron20 écus
Le lieu de la Cour Meuffre en la paroisse de PrincéJeanne MaillardièreLouedron30 écus
Les terres de ?, de Vitré en la paroisse de Montreuil?Michel Dupré8 écus
La terre des Blairons en ChâtillonMichel Le BouteillerJulien Cherbonnel, sieur de Monsault20 écusJan Lecorvaisier
Ce qui appartient aux enfants de Bodinaye-Pichot au village de la Denilère en LuitréConsorts Bodinaye-PichotBonaventure Bardoul3 écusJulien Hubaudière
Ce qui appartient à Maître Guillaume Hamon au village de l’Epine et Monsault en ChâtillonGuillaume HamonJulien Cherbonnel2 écus
Le lieu de Longlée en la paroisse de JavenéPrésident HarpinJacques Rousseau16 écus

Du second jour d’août 1593

LieuPropriétaireBailleurLocationCaution
Le lieu de la Charrière en VillaméeAu conseiller sieur de la Grafferye et à sa femmeJean Collin-Villandré20 écus
Le lieu de Courtoux (en Poilley?)Aux susnommésGuillaume Larquin-Caillebotière43 écusGuillaume Mollaye
Le lieu de la Coudraye en LécousseAux susnommésJacques Rousseau36 écus 1/3
La terre de la Marche-Moulin-Blot en RomagnéLe sieur du Boys-VauborelJan Faucillon32 écus
Le revenu du prieur de Montours néanmoins les oppo-sitions de Nicolas Briand et Jan Morel se disant tous deux titulaires d’iceluy et sauf à eux de son pourvoi vers Monsei-gneurFrançois de Chareuse, sieur de la Grimaudière150 écusPierre Le Maignan
Le lieu de la Frafferye Au conseiller sieur de la Grafferye et à sa femmeJacques Rousseau22 écus
La terre et seigneurie de Chaudeboeuf, appar-tenances, dépendances, fiefs et juridiction en St-Sauveur-des-Landes.Au sieur et dame dudit lieu (il s’agit des Pinel alliés à la famille de La Haye-Saint-Hilaire)Jean Collin-Villandré60 écus au cas qu’il plaira à Monseigneur la révoquer
Les lieux de la Piétaye, de la Monneraye en la paroisse de ChauvignéFrançoise LemonnierJean Collin33 écus 1/3

Du mardy troisième jour d’août 1593

LieuPropriétaireBailleurLocationCaution
Les lieux de la Clouary et Trimblin en la paroisse de ChauvignéMichel Rouxel et Renée Poupard, sa femmeJean Collin-Villandré60 écus
néanmoins l’empêchement desdist Rouxel et femme qui ont maintenu avoir toujours été du party de la Sainte Union des Catholiques et sauf à eux de se pourvoir comme verront l’avoir à faire.
Les lieux de la Malise et la PichardayeLes mineurs de feu le sieur des Cures (Javené) qui est à RennesJean Collin41 écus
Les terres appartenant à Jan Richer, de Rennes, au village de la Contentinais en Saint-Marc-le-BlancJan RicherJean Collin12 écus
Les terres appartenant à maître Julien Lagogué, au village du Frêne en La Chapelle-Saint-AubertJulien LagoguéJean Collin40 écus 1/3
Le lieu de la Rouxière en Châtillon-en-Vendelais?Julien Charbonnel-Monsault60 écus
dont est adju-gé à Jeanne Le Jariel, veuve, tant en vertu de son contrat de mariage que pour récompen-se de ses alié-nations – 50 écus.
Le lieu du Boisteilleul en la paroisse de ChâtillonLucas Ravenel, de VitréGilles Louedron15 écus

Du cinquième jour d’août 1593

LieuPropriétaireBailleurLocationCaution
Le lieu de la Corenterye en la paroisse de DompierreJan Mauny, de VitréLouis Lemoine Morandière110 écus
La Manguenière en la paroisse de ParcéMaître Julien GaraultJulien Lavocat qu’il a faict au nom de Jan Brochard4 écusJulien Lavocat
Le revenu du prieur de Saint-Brice-en-Coglèsnéanmoins l’empes-chement de Messire Guy Lemarchand qui a dict en estre pourvu et de Messire Yves Leboulanger quel a dict avoir droit d’en jouirGilles Louedron
sans préjudice de leurs droits et sauf à estre ordonné des deniers de ladicte ferme comme il plaira à Monseigneur.
200 écusNicolas Lebreton
Le revenu du Prieuré de Villaméenéanmoins l’empes-chement dudict Leboulanger qui a faict paraitre remon-trance et de Nicolas Breillet qui a dict en estre titulaire et canoniquement pour-vuGilles Louedron1620 écus
Le lieu et terre du Tronçay en Saint-sauveur-des-Landes et la moitié du moulin des Planches, fiefs et juridictionEscuyer Julien Lasne
sans préjudice des droits prétendus sur les dictes choses par damoiselle Thomasse Le Limonnier, les chapelains de Saint-Léonard et maistre Macé Lefort, et sauf à leur faire raison
Gilles Louedron21 écus
Le lieu de la Quenoisière en la paroisse de BeaucéThomasse Le Limonnier et à ses enfantsJan Lalouel ( ?)40 écusGilles Louedron
Le lieu de la Chasse-Beauvais en la paroisse de RomagnéSaisi sur le sieur de la Coutardière, demeurant à Rennesbaillé à ferme à charge de faire les sergentises féodés dues sur ledict lieu à la Cour de Fougères, cueillettes et receptes des deniers de la manière accou-tumée et de payer les rentes à Me François Chevalier à la somme de 10 écus de laquelle est adjugé un tiers à la demoiselle Guyonne de Launay, veuve du feu sieur dudict lieu et sur les deux aultres tiers aux puînés qui sont de notre Sainct Party pour que y reste à cler 4 écus et un tiers six écus six deniers

Du neuvième jour d’août 1593

LieuPropriétaireBailleurLocationCaution
Les terres et seigneuries de Saint-Etienne et Parigné, fiefs, moulins et juridiction?François Chevalier, sieur de la Loriais1200 écus
Les terres et seigneuries du Plessis-Chasné et Couarde La Tourdière et moulin de la VignetteAu sieur de la Pignelaye et ses enfantsFrançois Chevalier720 écus
La terre et seigneurie de Larchapt, métairies, fiefs, moulins et juridiction, en la paroisse de RomagnéMarthe Le Porc de la Porte
néanmoins la main levée de Monseigneur et vérification d’icelle au conseil d’Estat obtenue par la dicte demoiselle.
Pierre Le Maignan, sieur de la Jallonnière820 écus
Le lieu du BourgneufPihier, de RennesGilles Louedron9 écus
Le lieu du Feil en la paroisse de Saint-Marc-le-Blancà un du parti contraire. Cette terre appartenait aux de La Haye-Saint-HilaireJan Legormeriel, sieur de la Hurlaye15 écusGilles Louedron
Le lieu de la Gaulteray (la Gautrais) en Lécousse ( ?)Au sieur de La Chapelle, juge crimi-nel de Rennes et sa femme
sans y comprendre les acquets et achapts des douaires de Yvonne Georges et Jeanne Saucet, et les rentes fondées sur iceluy aux chapelains de Sainct-Léonard et religieux de Sainct François de la Forest et autres charges accoutumées.
Nicolas Lebreton16 écus
Les terres et seigneurie de Marigné (Marigny), la Chesnayes, les Coul-drays, la Tullaye, la Bayette et autres métairies et dépendances, fiefs, moulins et juridiction situés en la châtellenie de FougèresAu sieur président de Marigné (François Harpin)Jullien Bougner260 écus
Le lieu de la Louarie en la paroisse de BilléAu sieur et dame de Marigné (François Harpin)Pierre Louaseleux10 écus

Vient ensuite la liste des biens confisqués qui n’ont pas trouvé preneur.

Ensuilt les terres et bénéfices demeurés en abiénement
du vingt-sixième jour de juillet 1593

LieuPropriétaireEstimation location
La terre et seigneurie de la Fontaine, métairies, fiefs et juridiction et dépendancesAu sieur et dame de la Chèze-Derbrée, con-seiller et résidant à Rennesaprès plusieurs bannyes et qu’il n’a esté faict offre que de la somme de 100 écus par Julien Pase, domestique du sieur de la Chesnaye des dictes choses qui n’est pas prix raisonnable et eu égard à la valeur d’icelles et au prix qu’elles étaient l’an dernier. Les métairies ont esté chargées des fruits et abiénements d’iceux solidairement pour en répondre et en tenir compte quand requis seront jusqu’à la somme de 400 écus qui ont été condamnés payer au cas que ledict abiénement ne se trouverait pas monté plus grande valeur.
Le lieu des Loges situé en la paroisse de Saint-Georgesparce qu’il ne s’est trouvé fermier eu égard au prix qu’il estoit à ferme l’an dernier. Le mestayer chargé des fruits et abiénement ne se trouverait monter plus grande sommes et valeur qu’il a esté condamné payé – 10 écus
La portion du lieu du Boullier (Parigné ?)Au sieur de Canonnierparce qu’il ne s’y est tenu personne qui l’ait voulu mettre à prix, est demeuré en abiénement de Jean Tizon et Geoffroy Poupart qui ont été à cette fin commis, obstant qu’il n’y a point de métayer pour tenir et rendre compte des fruits jusqu’à la valeur de 20 écus au cas que l’abiénement ne se trouverait monter davantage.
Le lieu de Vauldeglaine en LouvignéAu sieur et dame de Lagrée, demeurant à Rennesparce que il ne s’y est trouvé personne qui l’ait voulu prendre à ferme, il est demeuré en l’abiénement du métayer pour en tenir compte et en répondre jusqu’à la somme de 20 écus en cas que ledict abiénement ne se trouverait monter plus grande valeur.
Les lieux de la Maison Neuve de la Linaye en LouvignéÀ Pigeon, de Rennesparce qu’il ne s’y est trouvé aucun fermier et eu égard aux prix qu’ils estoient à ferme l’an dernier et qu’il n’y a point de métayer. Julien et Pierre Degasne, proches voisins, ont esté chargés de l’abiénement des fruits pour en répondre et en tenir compte solidairement jusqu’à la somme de 10 écus en tant que ledict abiénement ne monte davantaige.
Le lieu de la Godelinaye et moulins chaux, fiefs et juridiction, situés en la paroisse de Mellé et Monthault.Au sieur dudit lieuparce qu’il ne s’y est trouvé prix raisonnable et eu égard au prix de la ferme de l’an précédent, est demeuré en abiénement des métayers, moulins et précédents ébiénements qui ont ésté chargés et solidairement des fruits jusqu’à la somme de 50 écus.
Les Dixièmes du Chapitre de Rennes situés en la paroisse de Saint-Germainn’ont esté baillé à ferrme parce que ledict chapitre a fait aparoir une lettre missive de Monseigneur, donnée à Louvigné le 22ème juillet dernier, par laquelle il veut et ordonne main levée estre faicte audicts chanoines de ce qu’il leur appartient en ceste juridiction de laquelle présentation leur a esté acte décerné, et néanmoins ordonne qu’ils se prouveront dans la quinzaine au Conseil d’Estat et répondent à la conservation des fruits à qui il appartiendra. Les paroissiens de ladicte paroisse ont esté chargés de l’abiénement desdicts dixièmes, et leur enjoint les garder soigneusement pour en répondre et les représenter à qui de justice sera ordonné que que soit pour en payer solidairemebnt la somme de 250 écus, cy par le compte de l’ébiénement il n’est à preuve que elles ne valent davantage.
Le lieu de la Mancelière situé en la paroisse de ParcéAu sieur de Lantillé, de Vitréà pareil parce qu’il ne s’est trouvé fermier, est demeuré en ébiénement du métayer pour en tenir compte jusqu’à la valeur de 20 écus si plus l’abiénement ne se monte.
Les lieux du Bas-Mué (Parcé) et Chemin-Bigot (Javené)Aux enfants de feu maître Jacques Radier, de Vitréà pareil parce qu’il ne se soit trouvé prix raisonnable et eu égard au prix de l’an passé, les métayers ont esté chargés de l’abiénement des fruits jusqu’à la somme de 25 écus, si l’abiénement n’est trouvé par le compte monter en adventaige.
Le lieu de la Moutelais (Javené)Aux enfants de maîtres François Charil, de Vitréà pareil parce qu’il ne s’est trouvé prix raisonnable et eu égard à la ferme de l’an passé et dernier. Le métayer est demeuré chargé des fruits à pareil jusqu’à la somme de 18 écus.
Ce qui appartient au prieur de Notre-Dame de Vitré en la chastellenie de Châtillonn’a esté baillé à ferme obstant l’empeschement de Messire Jan Hay, son portant prieur dudict prieuré qui a remontré estre de Sainct Party de l’Union et demeurant aux... Dict a estre sur sa requeste qu’il informera de son dire cy bon lui semble plus complètement pour y avoir tel esgard que de raison, et néanmoins les paroissiens qui doivent lesdictes dîmes chargés d’en répondre et payer s’il se trouve devoir faire la somme de 20 écus qu’ils ont esté trouvé valoir comme dict est cy.
Ce qui appartient à Michel Heudré en la paroisse de ChiennéMichel Heudréparce qu’il ne s’est trouvé fermier, les fruits sont demeurés en abiénement du métayer pour en payer la somme de 3 écus 1/3 au cas que l’abiénement ne se montreroit en adventaige.

Du pénultième jour de de juillet (30 juillet 1593)

LieuPropriétaireEstimation location
Les Hurlières, moulins et fiefs, en la paroisse de Châtillon-en-VendelaisAu sieur et damoiselle de La Chèze-Derbréeparce qu’il ne s’y est trouvé prix raisonnable eu égard au prix qu’ils estoient affermés l’an dernier. Les métayers et meuniers chargés des fruits et de l’abiénement d’iceux solidairement pour en tenir compte jusqu’à la somme de 50 écus, en cas que l’abiénement ne monterait davantaige que ladicte somme.
Le lieu de Maubusson en la paroisse de Vendel (en réalité cette terre se situe à Javené)Aux enfants de Guy Geffart Lentier, de Vitréà pareil parce qu’il ne s’est trouvé aucun fermier et eu égard au prix qu’il estoit à ferme l’an dernier, à pareil le métayer chargé des fruits jusqu’à la somme de 15 écus.
Les terres appartenant à Michel Besnardaye au bourg de Mer (Mecé ??)Michel Besnardayeparce qu’il ne s’est trouvé fermier à pareil sont demeurées en l’abiénement du métayer pour en répondre jusqu’à la somme de 3 écus qui est le prix de la ferme de l’an dernier
Les terres du bourg de PrincéAux enfants de Guy de Gennes de la Mottesont demeurés à pareil en l’abiénement du métayer pour en répondre et payer la somme de 5 écus si plus l’abiénement se monte.
La Greslerye en la paroisse de PrincéAu sieur des Landesà pareil est demeuré en l’abiénement du métayer qui a esté chargé des fruits jusqu’à 6 écus, si ledict abiénement n’est trouvé valoir davantaige.
Le lieu de la Gernoyère en Saint-Christophe (des Bois), avec les terres du Feu Drouarye, audit village et celles qui appartiennent à Estienne Raignier aussi dudit villageà un du party contraire et à Estienne Raignierqu’elles n’avaient encore entré en la saisie par ce qu’il ne s’y est trouvé personne qui les ait voulu mettre à prix. Elles sont à pareil demeurées en l’abiénement des métayers qu’ils en répondront du revenu d’icelles jusqu’à la somme de 15 écus si plus l’abiénement ne se monte.
Les terres du village des Forges en Saint-Christophe (des Bois)Fortin, de Vitréquelle à pareil n’avoit encore entré en la saisie parce qu’il ne s’est trouvé fermier à pareil, est demeuré en l’abiénement du métayer qu’il a esté chargé jusqu’à la somme de 4 écus.
Les terres situées au lieu de la Haye en la paroisse de Saint-Christophe (des Bois)Nicolas Bailleparce qu’il ne s’est trouvé fermier, sont à pareil demeurées en l’abiénement du métayer qui en répondra jusqu’à 5 écus.
Les terres situées au village de la Primerayeaux gens du party contraireet qui n’avoient encore point entré en la saisie, sont à pareil demeurés en l’abiénement du métayer qui en est chargé jusqu’à 5 écus.
Les terres du village du Bois-GlanneFrançois Chanterelà pareil parce qu’il ne s’est trouvé fermier, sont demeurées en l’abiénement du métayer pour répondre des fruits jusqu’à la somme de 6 écus.
Les revenus de la cure de Saint-Hilaire-des-Landesn’a esté baillé à ferme obstant que Messire François Lambert s’est présenté qui a remontré estre du Sainct Party de l’Union des Catholiques et canoniquement pourvu de ladite cure, auquel il a esté limité temps de quinzaine pour se pourvoir, et néanmoins à la conservation des fruits à qu’il appartiendra, les paroissiens de ladicte paroisse ont esté chargés desdicts fruits pour en répondre et en payer la somme de 50 écus si plus l’abiénement ne se monte.
La terre et seigneurie du PontaviceAu sieur dudit lieuparce que il ne s’est trouvé aucun fermier, est demeuré en l’abiénement des métayers, meuniers des ans précédents qui ont estés chargés des fruits pour en répondre et en tenir compte ou en payer la somme de 100 écus, à quoy elles auroient l’an dernier esté en ferme si plus ledit abiénement ne se monte comme dit.

Du troisième jour d’août (1593)

LieuPropriétaireEstimation location
Le lieu des DomainesÀ la veuve du feu sieur Duslienparce qu’il ne s’y est trouvé prix raisonnable à pareil en l’abiénement du métayer qui en répondra des fruits jusqu’à la somme de 20 écus.

Du cinquième jour d’août (1593)

LieuPropriétaireEstimation location
Le revenu de la cure de Bazouges-la-Pérouseparce qu’il ne s’y est trouvé personne qui l’ait voulu faire valoir prix raisonnable, est demeurée en l’abiénement des paroissiens qui ont estés chargés des fruits pour en répondre et en payer solidairement la somme de 200 écus.
Le revenu de la cure de Saint-Marc-le-Blancsaisie par faute de s’y estre présenté un curé pour ce qu’il ne s’est trouvé fermier, en a pareil demeuré en l’abiénement des paroissiens pour en payer la somme de 20 écus.
Le revenu de la cure de La BazougeIdem... pour 150 écus
Le revenu de la cure de RimouIdem... pour 20 écus
Le revenu de la cure de Vieux-VielIdem... pour 20 écus
Le revenu de la cure de Vieux-Vy sur-CouesnonIdem... pour 20 écus
Le revenu de la cure de MarcilléIdem... pour 20 écus
Le revenu de la cure de Roz (sur-Couesnon)Idem... pour 20 écus
Le revenue du prieuré de Saint-Christophe-des-BoisÀ un chanoine de Toursest demeuré à pareil en l’abiénement des paroissiens qui ont esté chargés des fruits jusqu’à la somme de 50 écus.
Le lieu de la Maillardaye, en la paroisse de La FontenelleSaisi sur gens du party contraireparce qu’il ne s’est trouvé fermier l’an présent et eu égard qu’il n’a point aussi esté à ferme les ans précédents abiéneurs, ont été chargés des fruits pour en répondre ou de la somme de 10 écus, si plus l’abiénement ne se monte comme dict.
La terre et seigneurie de Veunnoye-Mouliner en la paroisse de NoyalDame Gillette de Lasseyparce qu’il ne s’est trouvé fermier, est demeuré en l’abiénement des métayers et abiéneurs des années précédentes qui ont été chargés des fruits pour en payer la somme de 50 écus.
Le lieu de Paulinet en la paroisse de RimouAux héritiers de feu Georges LebelIdem... pour 10 écus
Le lieu de la MénardaisAu sieur de la MagnanneIdem... pour 10 écus
Le lieu de Québillac en la paroisse de Vieux-VyAux héritiers de Git LeliepvreIdem... pour 15 écus

Du neuvième jour d’août (1593)

LieuPropriétaireEstimation location
Le lieu des Petits Alleux en la paroisse de Saint-Ouen-des-Alleuxparce qu’il ne s’y est trouvé fermier, est demeurée en l’abiénement des métayers qui en tiendront compte pour en payer 10 écus si plus l’abiénement ne monte..
La terre et seigneurie de Poilley, métairies, fiefs, moulins et juridiction en dépendantà pareil parce qu’il ne s’est trouvé prix raisonnable et qu’elle a esté par diverses fois bannie. Les métayers et abiéneurs précédents ont esté rechargés de l’abiénement des fruits pour en tenir compte et en payer la somme de 300 écus ou l’abiénement ne se trouverait monter plus grande valeur.
Le revenu du prieuré de Tremblayà pareil pour ce qu’il ne s’y est trouvé fermier, et eu égard au prix qu’il estoit l’an dernier affermé, est demeuré en l’abiénement des paroissiens pour en payer solidairement 110 écus.
Le revenu de la cure de Saint-Marc-sur-CouesnonIdem... pour 20 écus
Le lieu de la Fichepallais en la paroisse de RomazyJean RimassonAbiénement aux métayers pour 12 écus.
La terre et seigneurie d’Orange en la paroisse de Vieux-VyAu sieur de BeaufortIdem... pour 50 écus
La terre de Boullande en la paroisse de BazougesAu sieur du BoysIdem... pour 25 écus
Les lieux de la Barbaye et Launay-Piniez en la paroisse d’Antrain et de Vieux-VielAu sieur de la Barbaye, de RennesIdem... pour 20 écus
Le lieu du Rocher-Poirier en la paroisse de Saint-Ouen-des-AlleuxAu sieur Leduc, de RennesIdem... pour 13 écus
Le lieu de Racinoux de LorièreIdem... pour 10 écus
Le lieu de la Tirlaye en la paroisse de TremblayGuillaume Bodin, de RennesIdem... pour 15 écus.
Les terres de Nicolas Loichon situées en les paroisses de Saint-Georges et de MelléNicolas LoichonIdem... pour 30 écus
Les Chalonges et le moulin de Saint-GeorgesAu sieur du Pin, de Rennespour qu’il ne s’y est trouvé fermier et eu égard au prix de l’an passé, et que le moulin a esté depuis brûlé par le malheur de la guerre. Les métayers et abiéneurs des ans précédents ont esté chargés des fruits pour en payer la somme de 40 écus.
La portion de la Villeneuve en la paroisse de BeaucéAu sieur du ChastellierIdem... pour 3 écus 1/310 écus
Les terres appartenant à Macé Estienne en la paroisse de Saint-Ouen-des-AlleuxMacé EstienneIdem... pour 10 écus
La terre et seigneurie de La Bélinaye, Moureul et les Racinoux, moulins, fiefs et juridiction et dépendancesIdem... pour 80 écus

Du douzième jour d’août (1593)

LieuPropriétaireEstimation location
Le lieu de la Motte-d’Igné en la paroisse de Beaucé et le moulinAux enfants de Guy Geffraut-Lantiller, de VitréIdem... pour 50 écus
Les terres de la Forest Neuve et de Montenal en la paroisse de BailléAu sieur du Prémornans’est présenté le sieur du Prémornan à qui elles appartiennent qui a dict avoir main levée, a esté dict qu’il en aparoistra pour lui faire raison et que attendant les enchères seront réservées, on a esté faict offre de 20 écus et pour ce qu’il n’a esté trouvé raisonnable les métayers ont esté chargés de l’abiènement pour en payer 33 écus 1/3
Les lieux de la Gaucherie et la HubaudièreAu sieur et damoiselle de la Grafferieà pareil pour ce qu’il ne s’y est trouvé aucun fermier, ils ont demeurés en l’abiénement des métayers pour en payer eu égard à ce qu’ils estoient à ferme l’an dernier, la somme de 20 écus.
Les terres situées en la rue des Prés au faubourg de FougèresÀ la demoiselle Thomasse Le Limonnier et ses enfantsIdem... pour 5 écus.
Le lieu de la Vairie en la paroisse de Saint-Marc-le-BlancAu sieur dudit lieuIdem... pour 20 écus
Le lieu du Tiercent en la paroisse du TiercentAu sieur dudit lieuIdem... pour 3 écus
Ce qui appartient au sieur de Villeneuve en Saint-Rémy (du Plain)Au sieur de VilleneuveIdem... pour 10 écus
Ce qui appartient à Dom Julien Forin en la paroisse de Saint-Rémy (du Plain)Julien ForinIdem... pour 13 écus 1/3
Ce qui appartient à Endrine Le Coq au village de la Gaultraye en Saint-Marc-sur-CouesnonEndrine Le CoqIdem... pour 6 écus
Les terres de Dom Thomas Beaulieu au village de la Bouëxière en Saint-Ouen-des-AlleuxThomas BeaulieuIdem... pour 2 écus ½
La terre et seigneurie de la Ballue et ses dépendances situées en la paroisse de BazougesAu sieur de la HarlayIdem... pour 200 écus
La terre et seigneurie de Montmoron et les Touches en dépendant, situés en la paroisse de Bazouges-la-Pérouse (il semble que Montmoron se situe en Rimou)À la femme du sieur Desange, conseiller à RennesIdem... pour 200 écus
Le lieu de la Gillebedaye en la paroisse de Saint-Georges-de-ReintembaultJean Morel ValleaurutIdem... pour 10 écus
Les lieux de la Coquillonnais et la Herniaye (en Tremblay)à des gens du parti contraireIdem... pour 12 écus
Le lieu de la ChesnardièreAu sieur Président Harpin et sa compagneIdem... pour 100 écus
Les lieux de Teillay, Vaugarny, les Portes et la Rouërie (en Saint-Ouen-la-Rouërie)Au sieur et demoiselle de la RouërieIdem... pour 200 écus
Le lieu de la Chaponnière en la paroisse de Parcésaisi sur un de VitréIdem... pour 6 écus
Les terres de René Herault en Saint-Ouen-des-AlleuxRené HeraultIdem... pour écus 1/3
Ce qui appartient à Jan Lasne au village de ? en la paroisse de Saint-Estienne-en-CoglèsJean LasneIdem... pour 1 écu ½
Le lieu de la Maison Neuve en la paroisse de ChauvignéAu sieur Dugué de la DoréeIdem... pour 6 écus
Le lieu de la Viollaye en LouvignéÀ François Pigeon, de RennesIdem... pour 7 écus
Les terres appartenant à François Gérard La Fosse au bourg de La Bazouge et aux villages de la Redudelaye, la Housi-nière, la Gilaudaye, le Meseray et autres en ladite paroisse de La Bazouge, et au Bois-Martel en la paroisse du Châtellier, et ce qui lui appartient en La Chapelle-JansonÀ François Gérard La FosseIdem... pour 10 écus
La portion du lieu du tertre en la paroisse de Saint-Sauveur des LandesAu sieur dudit lieu qui demeure à RennesIdem... pour 13 écus
Le lieu de la Huaserye et la Branche en la paroisse de Saint-BriceÀ la veuve du feu sieur de la MarcheIdem... pour 20 écus
Le lieu du Feu en la paroisse de Saint-Hilaire-des-LandesÀ écuyer Georges du Feu tenant ledict party contraireIdem... pour 10 écus
La portion qui appartient à maîstre Jan TabourelJan Tabourel, sieur du Boys de Ligneul en la succession de défunt maîtres Jan Taborel, sieur de la Gesrye, son père, en commun et indivis.Idem... pour 10 écus

Et l’état des biens saisis se terminent ainsi:

Les dittes choses baillées à charge de payer pour ce qui consiste en terres et domaines à payer par les termes de Toussaint et Saint-Georges par moityé...
...et pour les fruits provenant desdicts bénéfices à payer aux termes de saint Jean-Baptiste.
Faict par nous, officiers susdicts, les jour et an que devant.

Le document est signé: Louaisel, Le Roullier et Chevalier.

Nous constatons que beaucoup de seigneuries d’importance du pays de Fougères furent saisies: Le Tiercent, la Ballue, Marigny, La Rouërie, la Bélinaye, Orange, Chaudeboeuf, le comté de Poilley, Larchapt, la Branche, Montmoron, la Motte-d’Iné, le Pontavice, les Hurlières, la seigneurie de Parigné, la Chasse-Beauvais, les Rouxières, les Haries, Mésauboin, la Chesnardière, etc... ce qui signifie que tous ces seigneurs avaient pris le parti du roi et luttaient contre Mercœur.

Le Prince de Dombes à Fougères

Le Prince de Dombes

Le 7 juin 1589, Henri III avait nommé un autre gouverneur de Bretagne en remplacement de Mercœur. Il s’agissait d’un prince du sang de la Maison de Bourbon, proche de la famille royale des Valois: François de Bourbon, duc de Montpensier, prince souverain de Dombes, dauphin d’Auvergne, Pair de France, duc de Châtellerault, sire de Beaujolais, etc, etc... Familier de la cour, le prince de Dombes se montra un soutien fidèle du roi Henri III. Bien que fervent catholique, il refusa de rejoindre la Ligue et, après la mort du roi, se rallia à Henri IV. Il avait épousé Renée d’Anjou, marquise de Mézières et comtesse de Saint-Fargeau qui lui apporta ces terres et les titres qui leur étaient attachés en dot.

Le prince de Dombes se vit confier plusieurs gouvernements: Anjou, Touraine, Maine, Languedoc, Dauphiné, Bretagne et enfin, en 1588, celui de la Normandie. En 1591, il participa au siège de Rouen et mourut à Lisieux le 4 juin 1592.

En Bretagne, les désordres perduraient notamment au Pays de Vitré où malgré la reddition de la ville, les campagnes ligueuses n’amenaient plus de denrées aux marchés et bloquaient la vieille cité. Le prince de Dombes envoya des troupes contre elles et, paroisse après paroisse, il les ramena sous l’obéissance du roi. Puis, il décida de se rendre à Fougères afin, selon un témoin pour y faire quelque escarmouche avec deux petites pièces qu’il y fit mener.

Nous savons peu de choses sur cette expédition, mais les comptes de la paroisse Saint-Léonard nous laisse à penser que l’on était fort inquiet à Fougères puisque des processions publiques furent organisées dans cette paroisse pour obtenir la protection divine. Pourtant, le Prince de Dombes n’entreprit aucune action contre la place et se contenta de lancer quelques boulets contre les murailles. La garnison riposta vigoureusement et le prince qui n’avait pas l’intention de faire un siège en règle se retira et laissa ses troupes se répandre dans les campagnes environnantes où elles remportèrent quelques succès sur celle du duc de Mercœur.

C’est aussi à ce moment-là que nous retrouvons René de La Haye-Saint-Hilaire qui, comme son père, Léon de La Haye-Saint-Hilaire et son oncle Augustin, luttait contre la Ligue. Lorsque le prince de Dombes vint à Fougères en 1587, René de La Haye-Saint-Hilaire l’accueillit à La Haye, et lui permit, en 1591, d’établir une garnison au château.

René de La Haye-Saint-Hilaire (1568-1597)
Gouverneur de Fougères
Portrait conservé au château de La Haye.

Capitaine d’une compagnie des Ordonnances du roi, chevalier de son Ordre, il reçut d’Henri IV, en mars 1593, une gratification de 800 écus et deux canons aux armes de l’Espagne qui demeurèrent dans la cour du château de La Haye jusqu’à la Révolution.

Trois lettres lui furent adressées par Henri IV; dans l’une desquelles il l’appelle brave La Haye. Aussi, sa seigneurie fut-elle érigée en châtellenie par lettres patentes de 1593, en récompense des bons offices et services rendus par lui à Sa Majesté, et l’un de ses enfants fut tenu sur les fonts baptismaux par le Prince de Dombes, gouverneur de Bretagne.

Le fait que René de La Haye-Saint-Hilaire ait choisi le prince de Dombes comme parrain de l’un de ses enfants le situe pleinement sur le plan politique local et confirme son attachement à la cause royale.

Le portrait ci-dessus, conservé au château de La Haye, représente un gentilhomme avec une large fraise et un pourpoint clair, avec des cheveux châtains et une barbe en pointe, telle que la portait la plupart des capitaines de son temps.

Le 22 juin 1588, René de La Haye avait rendu aveu au roi pour sa seigneurie. Le 2 décembre 1586 précédent, il avait épousé par contrat, Françoise Pinel, fille du seigneur de Chaudeboeuf en Saint-Sauveur-des-Landes, fille d’un premier lit de son beau-père, René Pinel, et de Jeanne de Froullay-Tessé. Ce fut ainsi que Chaudeboeuf intégra le domaine de La Haye.

On a dit à tort<i>Journal de Pichart</i> rapporté par Dom Morice dans son <i>Histoire de Bretagne</i> - Tome III, page 1726. que René de La Haye était mort le 19 janvier 1592 à la suite d’un duel avec un ligueur, le sieur de La Prade. Compte tenu du geste de reconnaissance du roi en sa faveur en mars 1593 (geste qui ne devait pas être fait à titre posthume), tout laisse à penser que cette date est forcément erronée. D’ailleurs, la généalogie établie porte l’année de son décès en 1597.

Malheureusement, après l’érection de sa seigneurie en châtellenie, alors qu’il venait d’avoir 30 ans, René de La Haye mourut effectivement après avoir été grièvement blessé par un ligueur. Sa mort survint avant l’enregistrement des lettres royales alors son fils héritier était encore mineur, il fallut attendre (de longues années) de nouvelles lettres patentes que donna Louis XIII en mai 1618 et qui furent enregistrées par le Parlement de Rennes le 18 juillet de la même année, pour officialiser l’érection de la seigneurie de La Haye en châtellenie.

Si la ville de Fougères n’eut pas beaucoup à souffrir du passage du Prince de Dombes, il n’en fut pas de même de l’abbaye de Rillé, gouvernée par un ardent ligueur et un fidèle de Mercœur: Melchior de Marçonnay.

Il était arrivé à point nommé à Fougères avec les bagages du duc en 1581, tout juste après la mort de l’abbé René de La Haye-Saint-Hilaire qu’il remplaça. Mercoeur pouvait compter sur lui et le nouvel abbé de Rillé joua, en effet, un rôle considérable durant la Ligue.

L’ancienne abbaye de Rillé.

Grand vicaire du diocèse, il avait pris une grande part au soulèvement de Rennes. Il visait l’évêché de Dol dont il jugeait le siège de bon rapport et de noble nom. En 1592, après la mort de l’évêque Charles d’EspinayNé en 1530 – Evêque de Dol de 1560 à 1591., et avec l’appui des chanoines de la cathédrale, il avait effectué des démarches en ce sens. Mais cela n’aboutit pas et de Marçonnay ne fut élu qu’au chapitre de Dol. À Rillé, presque tous ses moines étaient des partisans déclarés de Mercoeur.

Dès le 14 avril 1589, sur l’ordre du roi, les scellés avaient été apposés sur l’abbaye et les religieux dispersés.

Lorsque le prince de Dombes se retira des abords de Fougères qu’il avait renoncé de prendre, il se porta sur l’abbaye de Rillé qui fut livrée au pillage. Les bâtiments furent incendiés, les archives furent brûlées, dispersées ou emportées par les troupes royales et la bibliothèque qui contenait, dit-on, plus de 3 000 volumes fut livrés aux flammes.

Quant à Melchior de Marçonnay, il finit pas obtenir l’évêché de Saint-Brieuc en 1601. Et ce fut évêque de cette ville qu’il mourut le 7 mars 1618, à Trégomar, lors d’une visite épiscopale.

Le prince de Dombes

Le prince de Dombes, après avoir enlevé Châtillon-en-Vendelais, résolut d’attaquer Fougères, mais la maladie qui décimait son armée et particulièrement les Anglais qui en faisaient partie, l’obligèrent à ajourner cette entreprise.

À vrai dire, selon Hervé Le Goff, qui a étudié cette périodeBulletin et mémoires de la Société d’Histoire et d’Archéologie du Pays de Fougères – Tome XLIX – Année 2011, page 33., Fougères n’était pas un objectif prioritaire pour les supplétifs étrangers, et qu’un Anglais comme Espagnols préféraient mourir pour Brest plutôt que pour Fougères.

Pendant que le prince se reposait à Saint-Aubin-du-Cormier, les Anglais auxquels il avait permis d’aller se rafraîchir en Normandie, prenaient la route du Maine sous la conduite du major Oinefil. Arrivés près d’Ambrières, ils rencontrèrent la garnison de Fougères, commandée par Bois-Dauphin, qui les attaqua et les défit entièrement. La Chesnaye-Vaulouet, que Mercoeur avait nommé gouverneur de Fougères, fut blessé d’un coup d’arquebuse dans cette rencontre et mourut l’année suivante des suites de cette blessure.

Durant ce temps, le roi Henri IV poursuivait la conquête de son royaume. Après plusieurs jours de luttes acharnées (du 15 au 29 septembre 1589), les troupes royales sortent victorieuses des Ligueurs conduits par le duc Charles de Mayenne, à Arques, ce qui lui assure la Normandie. Le roi vint ensuite passer quelques jours à Laval, où, le 13 décembre 1589, il fut rejoint par le prince de Dombes et un grand nombre de seigneurs et gentilshommes bretons. Ce fut sans doute à cette occasion que René de Langan, seigneur du Bois-Février en la paroisse de Fleurigné, résolut d’arracher Fougères aux mains des Ligueurs. Pour ce faire, il équipa à ses frais une troupe et tenta un coup de force contre la ville à la fin de l’année 1589 ou au début de 1590.

C’était sans compter sur la garnison fougeraise. René de Langan échoua et fut fait prisonnier. Enfermé au château de Fougères, il y resta trois longues années et n’en sortit qu’après une longue négociation et avoir versé une rançon de 11.000 écusVicomte Le Bouteiller: <i>Notes sur l’histoire de la ville et du Pays de fougères</i> Tome IV, page 75.. Mercœur qui n’avait pas apprécié l’entreprise tenta d’incendier le château du Bois-Février.

Dans le Pays de Fougères, la petite ville de Bazouges-la-Pérouse était restée aux mains des Ligueurs. Elle fut prise par les troupes royales en 1590, mais fut reprise par les Ligueurs trois ans plus tard. Ils en furent chassés à nouveau en 1595 et y entrèrent encore peu après. C’est dire que Bazouges-la-Pérouse eut beaucoup à souffrir de ces luttes incessantes. Quant à la ville d’Antrain, elle resta occupée par les troupes royales qui avaient une garnison au château de Bonnefontaine.

Mercœur tenait toujours Fougères. Pour remplacer le gouverneur La Chesnaye, il avait nommé le fils du maréchal de Retz, le marquis de Belle-Ile. Ce dernier désirait ardemment faire la paix avec le roi, aussi crut-il que le meilleur moyen d’assurer sa réconciliation était de lui livrer Fougères et le Mont-Saint-Michel, dont Mercœur lui avait promis le gouvernement s’il parvenait à en chasser le commandant Kermartin attaché à la cause royale. Le 11 janvier 1596, fort de ce projet, il se rendit avec ses capitaines au Ferré où se trouvaient les sieurs de Canisy, de La Fresnaye et plusieurs autres seigneurs du parti du roi, avec lesquels il entra en pourparlers, mais ils ne purent s’entendre.

Le roi Henri IV

Le gouverneur désappointé s’empressa de revenir à Fougères et y ayant rassemblé toutes les troupes qui étaient cantonnées dans les environs, il se jeta sur la Normandie et s’avança jusqu’à Tinchebray, mettant tout à feu et à sang sur son passage. Le marquis de Belle-Ile n’avait pas pour autant renoncé à son entreprise sur le Mont-Saint-Michel. Après son escapade en Normandie, rentré à Fougères, il partit le 22 mai 1596 pour le Mont où il arriva le lendemain. Il s’introduisit sans trop de difficulté avec six des siens. Mais à peine fut-il entré que le caporal qui était de garde ferma la porte. Le marquis, fort irrité de la chose, lui ordonna de l’ouvrir, mais le caporal refusa. Belle-Ile lui passa alors son épée à travers le corps, tandis que ses hommes tiraient épées et pistolets pour se battre. La bataille s’engagea avec les membres de la garnison. Le marquis gouverneur de Fougères reçut 18 coups d’épée et de pistolet et mourut sur place; ses hommes furent tués ou faits prisonniers. Le reste de la troupe, forte de 500 hommes, qui était restée en dehors du Mont, se voyant privé de son chef prit la fuite et revint en toute hâte vers Fougères.

Ce fut la dernière action d’éclat des Ligueurs fougerais. Cependant, Fougères resta aux mains de Mercœur jusqu’au traité d’Angers (23 mars 1598), où le duc, le dernier, capitula, mettant ainsi fin à la guerre civile en Bretagne.

L’abjuration d’Henri IV, le 25 juillet 1593, n’avait pas mis fin immédiatement à la rébellion de Mercœur, mais la lutte n’avait plus ni motif, ni prétexte, ni chance de succès. Tous les chefs ligueurs se soumettaient les uns après les autres. Le 23 mars 1598, le traité d’Angers marquait la reddition du duc de Mercœur. Ce dernier monnaya sa soumission notamment en se faisant verser une somme énorme et en mariant sa fille à César de Vendôme, fils bâtard du Vert Galant et de Gabrielle d’Estrées. Un mois plus tard, le 26 avril, Vendôme était nommé gouverneur de Bretagne, et au mois de mai 1598, Henri IV accordait l’amnistie aux Fougerais.

Lettre de rémission du roi Henri IV aux habitants de Fougères
(Archives municipales de Fougères.

Une partie de la lettre de rémission du roi Henri IV aux habitants de Fougères est conservée aux Archives municipales de la ville de FougèresArchives municipales de Fougères – AA 1-4.. Il s’agit d’un document resté en très mauvais état qui fut restauré par un atelier spécialisé en 1999. Une partie du document est cependant manquante et semble concerner plus précisément le pardon du roi. Ce document fort intéressant pour l’histoire de la ville de Fougères pendant la Ligue, est daté du 13 mai 1598. Voici ce qui y est écrit:

Henry par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre, à tous présents et advenir, salut,
Nos chers et bien aimés les bourgeois et habitants de notre ville de Fougères, nous ont très humblement fait remontrer que, dès le commencement des présents troubles, la plupart d’entre eux, séduits par le prétexte de la religion dont nos ennemis se sont prévalus pour s’éloigner de l’obéissance au feu roi, notre très honoré sieur frère que Dieu absolve et en outre avec le pouvoir et l’autorité entière que notre cousin le duc de Mercœur avait sur eux, se seraient laissé emporter avec beaucoup d’autres à plusieurs choses contraires au devoir de la fidèle obéissance qu’ils étaient tenus rendre à notre feu sieur frère et successivement à Nous, n’ayant eu moyen quelconque de s’en retirer et reconnaître notre autorité combien qu’ils aient souvent désiré, mais contraints et assujettis aux garnisons établies sur eux et retenus par l’espérance que notre cousin avait toujours donnée de sa réconciliation avec nous, ils n’ont pu satisfaire jusqu’à cette heure qu’ils protestent en général et particulier ne vouloir subir aucune obéissance que la nôtre, à laquelle Dieu les a soumis, nous suppliant et requérant qu’oubliant ce qui s’est passé entre eux au préjudice de notre service, les recevions en bonnes grâces et en notre protection spéciale avec tous nos autres bons et fidèles sujets, tels qu’ils veulent être et demeurer pour jamais,
À quoi ayant égard et ne voulant rejeter lesdits exposants en leur très humble soumission, ainsi ayant agréable de les chérir, aimer et conserver à l’avenir aussi débonnairement qu’ils nous ont assuré de nous bien servir, voulons qu’ils se ressentent par bons effets de ce qu’ils ont désiré de notre bonté et clémence, inclinant à leu très humble requête et supplication, nous avons tous et chacun des bourgeois, manants et habitants de notre [ville de Fougères...].

Le reste, qui certainement précise le pardon du roi, manque au document.

Henri IV qui aspirait plus que tout à la paix intérieure de son royaume conquis de haute lutte, sut se montrer clément. Si Paris valait bien une messe, selon la citation attribuée au roi qui n’était pas plus farouche protestant que catholique convaincu, le pardon accordé à Fougères ne devait pas lui paraître par trop difficile. Il confirma les privilèges accordés par ses prédécesseurs aux Fougerais qui en profitèrent pour réparer leurs murailles. Le 13 août 1602, il leur accordait la permission de lever six deniers sur chaque pot de vin et trois deniers sur chaque pot de cidre qui seraient débités tant dans la ville que dans la châtellenie de Fougères

Après bien des luttes inutiles et fratricides, notre pays, comme le royaume, allait, enfin, retrouver, sous le gouvernement d’un souverain avisé, sa tranquillité. Le pays de Fougères en avait bien besoin car il sortait exsangue de ces luttes et son économie mettra plus d’un siècle à se rétablir.