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Petites histoires de Fougères

Petites histoires fougeraises


La foire Angevine

TTraditionnelle depuis des lustres, les Angevines avec ses animations font partie du paysage festif des Fougerais. La fête des Angevines paraît remonter au Moyen Âge. Il est vraisemblable que la manifestation prit naissance autour de la fête de la Nativité de la Vierge que les catholiques célèbrent le 8 septembre. À l'époque, à Fougères, on rendait grâce, dit-on, à une Vierge honorée à Angers depuis le Vème siècle sous le nom de Vierge angevine.

En 1575, alors que le roi Henri III venait de monter sur le trône, Guillaume de La Fontaine (seigneur de La Chèze) sollicita l'autorisation de faire chaque an audit jour et lendemain de la Nativité de Notre-Dame, si vostre bon plaisir estoit de vouloir créer et ériger à cette fin lui vouloir octroyer nos lettres nécessaires.

Le roi répondra favorablement à la requête: Ceci ordonné et establi de notre grâce spéciale, puissance et autorité royale, créons par ces présents au dit lieu et pace de la chapelle Saint Gorgon - située autrefois au bas de la rue de la Caserne et aujourd’hui disparue, une foire pour chaque espace de trois jours entiers et suivants consécutifs dont le premier sera le lendemain du jour et fête de la Nativité de Notre-Dame.... et qu'en icelle les marchands et aultres puissent aller, venir et séjourner, vendre, troquer et échanger toutes sortes de denrées et marchandises, pièces non prohibées...

Dès lors, le 9 septembre sera le jour fixé pour cette manifestation. Cependant, le succès des Angevines avait fait des envieux et, en 1864, on voit la municipalité fougeraise solliciter une autre date car de nombreuses foires et beaucoup de marchés ont lieu ce jour-là dans les environs. Un arrêté préfectoral du 19 novembre 1866, la fixera alors au premier mardi qui suit le premier jour de septembre la date de l'Angevine. Depuis, l’ancestrale tradition fougeraise se poursuit et chaque année, la foule est au rendez-vous des diverses manifestations proposées - braderie, courses cyclistes, feu d'artifice, défilé, fête foraine, etc...


Lorsque Notre-Dame des Marais redonne la liberté de la langue

LLe culte voué à Notre-Dame des Marais est ancestral. Patronne de la cité, la Vierge des Marais continue de distribuer ses grâces à ceux qui, en sa vieille église Saint-Sulpice, ne manquent pas d’aller fleurir ou illuminer son autel en lui adressant leurs prières. Ceux qui ont connu l’ancienne chapelle en tuffeau qui, accolée à l’église, lui était dédiée jusqu’à ce qu’elle ne fut détruite dans les années 1960 et qui avait remplacé un oratoire beaucoup plus ancien ouvert sur l’extérieurCette chapelle fut construite de 1869 à 1872 sous le rectorat de l’abbé Mathurin Gouyon, recteur de Saint-Sulpice de 1849 à 1872 et chanoine horaire de la Métropole de Rennes. En 1872, il se retira rue du Nançon à Fougères où il mourut le 14 octobre de la même année. Il avait été remplacé par l’abbé Isidore Douard, autre figure du clergé de Saint-Sulpice. L’ancien oratoire que cette chapelle avait remplacée avait été construite vers 1700 par l’abbé René Pannier, recteur de Saint-Sulpice de 1677 à 1715. Mort le 18 février 1715, il fut inhumé devant l’autel de la Vierge., se rappellent sans doute des innombrables ex-voto ou encore des vieilles béquilles de bois qui en ornaient les murs, autant de témoignages de reconnaissance des Fougerais après des guérisons tant de l’âme que du corps.

Les passionnés d’histoire locale retrouveront dans les ouvrages du vicomte Le Bouteiller sur l’histoire de la ville, le rapport qu’il fait d’une pièce d’archive constatant un singulier miracle, le Miracle du Cierge en 1496, ainsi que du témoignage, au XVIIème siècle, rapporté par le recteur Pannier sur la dévotion des Fougerais et des habitants des paroisses voisines envers la statue vénéréeVicomte Le Bouteiller: <i> Notes sur l’histoire de la ville et du Pays de Fougères</i> - Tome IV.

Beaucoup de personnes, écrit-il, en passant devant l’image de la Vierge, se prosternaient pour faire leurs prières et ceux qui avaient les fièvres ou quelques autres indispositions venaient l’invoquer… Bientôt, l’on n’entendait parler que de prodiges, de grâces que l’on recevait et cette dévotion fut rendue si publique que les fidèles s’y rendirent de toutes part avec tant d’affluence que l’église paraissait trop petite…. Ce fut alors qu’il fut décidé de construire un oratoire à Notre-Dame des Marais qui jusqu’alors occupait une niche au-dessus d’une porte de l’église.

La chapelle de Notre-Dame-des-Marais en tuffeau détruite dans les années 1960.

Cette renommée dépassait largement nos frontières fougeraises, car, en 1721, le registre paroissial de Saint-Sulpice rapporte que le 9 juin, un nommé Michel Boisseau, né en la paroisse de Noëllet, en Anjou, le 6 juin 1663, arriva à Fougères pour rendre grâce de sa guérison à Notre-Dame des Maretz à laquelle il s’était voué aux environs de la Toussaint précédente et pour avoir recouvré la parolle et la liberté de la langue dont il était privé depuis 23 ans.

Lorsqu’il revint à Saint-Sulpice, Michel Boisseau était muni d’un certificat produit par le curé de sa paroisse angevine qui attestait que le dit Boisseau n’est pas un vagabond et qu’il ne sort de sa paroisse que pour s’acquitter du vœu par lui fait à Notre-Dame des Maretz en date du 3ème juin 1721 et que ce paroissien avait effectivement retrouvé la parole au moment des fêtes de Noël. En guise de témoignage et pour donner une preuve supplémentaire à ce qu’il annonce, le recteur fait signer son attestation par plusieurs notables de sa paroisse, dont le chevalier, seigneur de la Jaille, un écuyer, seigneur du Bois-Benier, et plusieurs autres. Le tout est légalisé par un avocat du Parlement de Paris et le gouverneur de la ville, du château et de la baronnie de Pouancé en Anjou.

Ancien oratoire de
Notre-Dame-des-Marais.
D’après un dessin publié dans l’ouvrage du Vicomte Le Bouteiller.

C’est donc cette attestation tout à fait officielle que Michel Boisseau fait enregistrer au recteur de Saint-Sulpice après avoir refait un long voyage à Fougères pour s’acquitter de son vœu qui consistait à y revenir afin d’effectuer une neuvaine pour remercier la Madone, de lui avoir redonné la liberté de la langue. Ce registre de la paroisse en témoigne encore, il est aujourd’hui conservé, comme tous les registres paroissiaux de Fougères, aux Archives municipales. Nous lisons: Le neuvième jour de juin mil sept vingt-deux, le nommé Michel Boisseau, natif de la paroisse de Noellet, évêché d’Anjou, arriva à Saint Sulpice de Fougères pour y rendre grâce à Dieu pour avoir recouvré la parole et la liberté de la langue dont il avait été privé depuis vingt trois ans jusqu’aux fêtes de Noël dernier, temps auquel il a déclaré qu’il avait été guéri par l’intercession de la Sainte Vierge honorée en notre église sous le titre de Notre Dame des Marais à laquelle il s’était voué aux environs de la Toussaint dernière.

Pour preuve de ce qu’il annonce, il nous a produit une attestation signée Tybault, curé de Noellet; Davoines, chevalier, seigneur de la Jaille; de Jean Cinqueveau, écuyer, sieur du Bois-Benier et J. Jallot, Fr Bisant, de Noellet, disant que le dit Boisseau n’est pas un vagabond et qu’il ne sort de sa paroisse que pour s’acquitter du vœu cy-dessus par lui fait à Notre Dame des Marets en date du troisième juin mil sept cent vingt et un. Légalisé par Pierre Poisson, avocat au Parlement de Paris, juge ordinaire et criminel et de police, gouverneur de la ville, château et baronnie de Pouancé en Anjou. J’ay posé par prévôt commis de greffe, et déclaré ne savoir signer le dit Boisseau est parti après avoir fait et fini le nécessaire, ce 12 juin 1722.


Sentence de police portant interdiction de travailler les dimanches et jours de fëtes

LLe 2 janvier 1687, le sénéchal du siège royal de Fougères, sans doute à la demande du clergé de la ville qui trouvait que les Fougerais ne respectaient pas suffisamment le Jour du Seigneur en travaillant le dimanche, prit une ordonnance afin d’en établir l’interdiction. Il apparait qu’il prit cette décision après avoir fait mener enquête par le substitut du procureur du roi à Fougères.

Dans ce document conservé aux Archives municipalesArchives municipales de Fougères: GG 223-1., nous lisons:

De l’ordonnance de Monsieur le Sénéchal du siège royal de Fougères, rendue sur les conclusions du substitut du Procureur du Roy audit lieu, défenses ont été faites à tous chirurgiens et barbiers de faire à aucune personne le poil ou la barbe pendant les jours de dimanche et de fêtes, soit dans leur boutique ou maison particulière sous peine de 10 livres d’amende et de confiscation des bassines et rasoirs qui auront servi,

À tous marchands de travailler en public ou en particulier, à ferrer des chevaux aux jours du dimanche et de fêtes pour autres que pour les étrangers passants et non manants de cette ville et faubourgs sous peine de 3 livres d’amende et confiscation des outils,

À tous marchands de draps, de mercerie ou autres choses, d’ouvrir leur boutique et faire aucun trafic aux dits jours de dimanches et de fêtes sous peine de 10 livres d’amende,

À tous bouchers débitants dans la halle et vendant tripes sous les porches d’étaler aux dits jours de dimanche et de fêtes depuis 9 heures du matin en hiver et depuis les 8 (heures) en été, sous peine de confiscation des dites viandes au profit de l’hôpital général et de 10 livres d’amende,

À tous hostes (hôteliers) et cabaretiers de fournir dans leur maison et maison particulière des boissons aux habitants de cette ville et faubourgs pendant le service divin qui se célèbre les jours de dimanche et de fêtes aux églises paroissiales de Saint-Léonard , Saint-Sulpice et Rillé, ce qui s’entend depuis le dernier son de la grande messe, du sermon, des vêpres et des processions publiques, et même de souffrir les habitants dans les dites hôtelleries et cabarets pendant le dit temps sous prétexte qu’ils avaient promis de n’y point boire, le tout sous peine de 20 livres d’amende,

À été enjoint à tous les habitants qui seront dans les hôtelleries et cabarets de s’y retirer au plus tard à 10 heures du soir en été et à 9 heures en hiver, et toujours sous peine de 10 livres d’amende contre les contrevenants,

Sur l’avis qui a été donné que des enfants de famille, gens de métier et autres sans avis, se cachent au lieu nommé l’Eperon et dans les ruines de quelque maisons, sur les murailles et autres lieux cachés, où ils passent les jours de dimanche et de fêtes à jouer; défenses leur ont été faites de faire tenir en pareilles assemblées et passe-temps à quelque jour que ce soit sous peine de prison,

À toutes personnes de tenir brelans de cartes, jeux de dites ou de boules pendant le service divin sous peine de 20 livres d’amende,

À tous enfants de vaquer dans les dites places publiques pendant le service divin et catéchisme, sous peine de 3 livres d’amende exécutoire contre leurs père et mère; même de vaquer et de jouer à quelque heure que ce soit par les cimetières des églises de Saint-Léonard et Saint-Sulpice et sur les murs de cette ville; jeter des pierres sur les bâtiments, contre les vitres et dans les fossés de la ville sous peine de 10 livres d’amende et de tous dépens, dommages et intérêts dont les père et mère seront responsables, sur le certificat des sieurs recteurs, de leurs curés ou des marguilliers, syndics et échevins de la ville,

À tous prévôts de frairies ou métiers, de vaquer le long des rues et faubourgs, sons et instruments pendant les nuits et même de tenir danses et festins aux jours de dimanche et fêtes pendant l’heure du service divin, le tout sous peine de 20 livres d’amende,

À tous paysans d’atteler leur harnois et charrois aux jours de dimanche et de fêtes, garder et de prendre en quelques temps que ce soit, pierre ou sable dans les grands chemins sous peine de 10 livres d’amende pour chaque contravention,

À toutes personnes de laisser entrer aucun cochon, ânes ou chevaux dans les cimetières de Saint-Léonard et Saint-Sulpice sous peine de confiscation au profit de l’hôpital général, et pour cet effet ordonne que les cimetières seront clos aux frais des fabriques,

Ordonne que tous vagabonds, gens sans avis, mendiants, même les extra-provinciaux qui n’ont aucun commerce, métier ni profession pour subsister, eux et leur famille, sortiront de cette ville dans les 24 heures sous peine de prison. Défenses ont été faites à tous propriétaires de cette ville et faubourgs de leur donner retraite sous peine de répondre en leur propre et privé nom de tout œuvrement et de 50 livres d’amende, et pour cet effet, enjoint à toutes personnes qui voudront s’établir dans cette ville et faubourgs de donner leur nom et qualité pour en obtenir permission sans frais,

À été enjoint à tous habitants de donner avis à la justice des filles et femmes débauchées si (d’)aucunes s’y trouvent dans leur quartier et défense à toutes personnes de leur donner retraite sous peine de 50 livres d’amende,

Ordonne que les amendes et peines portées par la présente seront exécutées par provision et qu’elle sera bannie aux marchés de cette ville et publiée aux prônes des paroisses à ce que personne n’en ignore.

Arrêté à Fougères, ce second jour du mois de janvier mil six cent quatre vingt-sept – Signé J. Morin

Une note jointe indique que le recteur de Saint-Léonard fit notification et publication au prône de notre messe paroissiale (de) la sentence de police ci-devant, ce dimanche 13ème septembre 1689, en foi de quoi, j’ai signé les dits jour et an – Jéhannin.


Le collège Saint-Yves

AA la fin du XVIème siècle, à la suite d'une donation faite par Vincent Martin de Brégel, seigneur de la Gardaye, pour la création d'un collège de garçons à l'intérieur de la ville close, les bourgeois de Fougères soutinrent aussitôt cette fondation, peut-être d'ailleurs pour s'opposer aux Génévétains de l'abbaye de Rillé qui, avec leur propre collège, avaient le monopole de l'enseignement à Fougères depuis 1473 environ. En mars 1582, le roi Henri III concéda 35 sols par pipe de vin et 5 sols par pipe de cidre vendu au détail dans la ville et les faubourgs de Fougères au profit du collège qui avait pris le nom de collège Saint-Yves.

Vestiges de l’ancien collège replacés dans le mur de l’immeuble jouxtant le passage vers la chapelle Saint-Yves.

Au XVIIIème siècle, le collège fonctionne toujours tant bien que mal, tributaire des dons des particuliers et des subventions de la Communauté de Ville. Souvent les trois ecclésiastiques-professeurs attachés au collège ne peuvent être payés, de sorte qu'on décida de les considérer comme des officiers de Saint-Sulpice et de leur accorder les honoraires de messes. Ils furent alors rémunérés pour leur assistance aux enterrements, auxquels ils seront toujours considérés comme présents - même pendant les heures de classe!

De son côté, la Confrérie Sainte-Anne et Saint-Roch, alors très florissante à Fougères, s'engagea à verser, chaque année, 300 livres au Collège afin de l'aider à boucler son budget. Malgré tous ces efforts, le collège dut fermer ses portes en 1747. Il rouvrit en 1768 sous la direction de prêtres séculiers mais ferma à nouveau en 1774.

En 1780, la Communauté de Ville fit une nouvelle tentative pour relever le collège en le plaçant sous la protection de l'évêque et en créant une rente de 300 livres pour les régents. Le plus ancien des trois professeurs (ou régents) était de droit le Principal. Il avait voix délibérative à la Communauté de Ville et au Bureau des Pauvres. Chaque régent, outre ses 186 livres d'appointement recevait 20 sols par mois de chaque élève qui étudiait sous sa direction, à l'exception des pauvres pour lesquels l'instruction était gratuite. Le Principal devait payer 6 livres aux chapelains de St-Léonard au titre de fondations, mais il recevait 40 livres pour instruire les choristes de cette paroisse. Les élèves doivent aussi une rétribution de 5 livres par an pour le balayage des classes. Le collège offre un enseignement couvrant toutes les matières dont la rhétorique.

Louis Rallier, député de Fougères, dans une Épître à mon fils sortant du collège, nous renseigne sur la formation dispensée aux élèves:

De l'école mon fils prêt à quitter les bancs.
Que n'avez-vous pas pendant cinq ou six ans.
Vous avez écouté maint professeur habile
Expliquer Cicéron, Phèdre, Horace, Virgile
En un mauvais latin traduit de bon français
Appris un peu de grec, d'allemand ou d'anglais
Vous n'êtes pas bien fort peut-être en rhétorique
Mais vous savez, je pense, assez d'arithmétique
Un peu même d'algèbre et vous pouvez enfin
Le crayon tour à tour et l'archet en main
Accompagner un chant, dessiner une tête.

En 1773, une petite fête donnée au Collège à l'occasion de la distribution des prix, on joue Les Plaideurs de Racine. Le rôle du juge Dandin est tenu par le futur général Jean Baston de La Riboisière. Il est alors âgé de 14 ans. Les autres acteurs ont entre 13 et 16 ans. Presque tous se feront connaître à des titres divers, de par leur situation, leur carrière et leur vie: trois entreront dans les ordres et auront un destin particulier pendant la Révolution; Pierre Lebreton, devenu avocat à Fougères, deviendra député à l'Assemblée Législative; Jean Lemoine devint médecin; Joseph Batais devint entrepreneur et mourut sur l'échafaud pour avoir placé le drapeau blanc sur le clocher de St-Léonard lors du passage des Vendéens; la sœur d'Olivier Paturel, fils du procureur fiscal de Savigny, épousa le maire de Fougères, Jean Loysel... Tous, en tous les cas, semblent avoir acquis un caractère que l'on qualifierait aujourd'hui de bien trempé...


La chapelle Saint-Yves

IIl était très difficile aux habitants du Bourg-Vieil - rue de la Pinterie - de se rendre à l'église Saint-Sulpice, située hors les murs de la ville, lorsque les portes étaient fermées et notamment la nuit. C'est ainsi que les habitants de ce quartier ne pouvaient assister à la célébration de la Nativité dans leur église paroissiale la nuit de Noël. Ils décidèrent de bâtir une chapelle à l'intérieur de leur bourg et, en 1429, Jeanne Garnier, femme de Robin Martin, fille d'un ancien trésorier de Saint-Sulpice, donna un terrain situé entre la maison Jehan Garnier d'un cousté et la maison et courtil de Jamet et sa mère et d'autre cousté abutant d'un bout à la grande rue du bourg et l'autre aux murs et doulves de la clouaison de notre ville devers notre estang de Nanczon...

La chapelle Saint-Yves.

Le 4 février 1429, le duc de Bretagne, Jean V, donna deux sols de rente à condition que lui et ses successeurs seraient remenbrez chaque dimanche, c'est-à-dire que le clergé devait donner les prières nominales en faveur du duc. L'évêque de Rennes approuva la fondation le 18 mars, mais le prieur de la Trinité s'y opposa. Un accord intervint en 1431 et la fondation de la chapelle Saint-Yves devint effective sous certaines conditions: La chapelle ne devait pas avoir plus de 8 toises de long sur 4 de large, chaque toise ayant 5 pieds et demi; elle ne pouvait pas être agrandie sans le consentement de l'abbaye de Marmoutier dont dépendait la Trinité et les bourgeois de Fougères devaient payer les réparations et prendre en charge son entretien. La chapelle ne devrait contenir ni fonts baptismaux, ni droits de sépulture, ni de sonnerie (sauf un petit clocheton), on n'y administrerait aucun sacrement ni rien qui appartint au droit curial de Saint-Sulpice et on n'y dirait que des messes basses. Des commissaires, enfin, seraient chargés de régler toutes les affaires de détail aux frais des Bourgeois avec l'approbation de l'évêque de Rennes.

Après un siècle d'existence, la chapelle Saint-Yves était en ruine en 1580. C'est alors qu'elle fut rebâtie par Vincent Martin de Brégel, fondateur du collège. Pendant les Guerres de Religion, les ornements de l'église Saint-Sulpice furent mis à l'abri dans la chapelle; puis, la Congrégation de l'Immaculée Conception, érigée en 1687, y fixa son siège. En 1694, l'évêque autorisa la congrégation à élever un tabernacle afin d'y exposer le Saint-Sacrement le jour de la fête de l'Immaculée.

Pendant la Révolution, la chapelle fut vendue et convertie en cellier, un plancher la sépare alors en deux étages. Abandonnée et délabrée, la chapelle est rachetée et restaurée en 1854 par les Filles de Marie qui font de Saint-Yves un établissement de bienfaisance et dédie la chapelle à la Vierge de la rue du Bac. Elles y resteront jusqu'en 1886, époque à laquelle les Sœurs de Rillé prirent possession des lieux pour y fonder un ouvroir et une maison de gardes-malades. L’ensemble a été depuis vendu à un particulier.


Les premières pommes de terre au Pays de Fougères

FFin mars 1772, un fait nouveau alimente les conversations. Après la terrible disette de l'hiver 1771-1772 qui laissa, faute de grains à semer, un réel déficit de culture dans tout le Pays de Fougères, estimé à 400 journaux de terre qui auraient pu rapporter 12.000 demeaux de blés, les autorités de la province proposent aux recteurs des paroisses un produit nouveau qui, selon eux, devrait mettre un frein sérieux aux disettes de blé... un produit inconnu chez nous jusqu'alors: il s'agit de la pomme de terre.

Cette proposition embarrassera les recteurs des campagnes et le subdélégué de Fougères qui attend leur réponse s'inquiète: J'ai écrit, dit-il, aux recteurs des paroisses pour leur demander s'ils veulent des pommes de terre et de quelle quantité ils ont besoin. J'attends leur réponse pour les leur faire passer. Je vous demande de quelle manière on doit préparer la pomme de terre pour la semer et quel est l'usage qu'on peut en faire et comment on doit les apprêter pour en tirer tout l'avantage qu'elles peuvent procurer. On ne connaît point ici cette espèce de fruit!

Parmentier offrant des fleurs de pomme de terre qu’il vient de cueillir à Louis XVI et à Marie-Antoinette.(illustration du Petit Journal – mars 1901)

En cette année 1772, on est encore trop attaché au blé noir et à la galette traditionnelle dans nos campagnes pour se soucier de ce produit qui nous arrive des Amériques. D'ailleurs la prochaine récolte préoccupe davantage les paysans car de celle-ci dépend leur survie.

Les recteurs répondent enfin à la demande du subdélégué. Quatre recteurs sur les 36 paroisses de la subdélégation de Fougères acceptent de semer des pommes de terre dont on se méfie. Ne dit-on pas que cette nouvelle plante peut être dangereuse? Nous aurions aimé connaître le nom de ces quatre paroisses pionnières, hélas la lettre de M. de Villecourte à l'intendant ne les cite pas. Toutefois, nous savons que les premières pommes de terre furent plantées au Pays de Fougères au mois d'avril 1772.

Je viens de recevoir, écrit-il, plus de vingt lettres des recteurs de mon canton qui tous m'écrivent pour me dire qu'ils ne connaissent pas l'usage des pommes de terre et qu'ils ne croient pas pouvoir les faire agréer par leurs paroissiens.... Alors le subdélégué essaye de convaincre et donne lui-même l'exemple: J'ai cependant réussi à persuader quatre de ces messieurs qu'on pouvait en tirer grand avantage. Ils veulent bien se charger d'en faire eux-mêmes l'essai et en semer dans un terrain qu'ils vont faire préparer. Trois ou quatre boisseaux de ces pommes de terre suffiront à présent jusqu'à ce qu'on ait fait une heureuse expérience... je vais en faire semer dans mes métairies et je tâcherai par mon exemple de détruire le préjugé de ces gens de campagne qui croient que rien n'est plus dangereux que ce fait qui gagne chaque année du terrain de manière à ne pouvoir en arrêter le progrès....

Après une implantation bien difficile, et en plus de deux siècles, la pomme de terre a pourtant totalement révolutionné nos habitudes alimentaires et personne ne met plus en doute les qualités de nos traditionnelles patates.


L’Hospice de la Providence

SSitué sur le haut du Marchix, l’établissement de la Providence avait été fondé par Pauline de la Bélinaye, dame de Vendel et tante du marquis de la Rouërie, dans les ruines de l’ancien prieuré de la Trinité abandonné par les Bénédictins et qu’elle avait acquises en 1776. Mademoiselle de la Bélinaye fit élever de nouveaux bâtiments et y transféra son œuvre qui avait commencé quelques années plutôt dans la paroisse Saint-Léonard. À la demande de la fondatrice, les Sœurs de la Sagesse s’y installèrent en 1778.

Cet établissement comprenait des classes destinées à l’enseignement des jeunes filles pauvres, des salles d’asile qui recevaient enfants et vieillards et un bureau qui assurait les secours et les soins à domicile. Pourtant, la fondation dont les immenses services s’adressaient aux plus pauvres des Fougerais eut du mal à recevoir l’assentiment de l’autorité civile. Et l’on vit, en 1780, le subdélégué de Fougères, M. Blanchouin de Villecourte, s’y opposer, estimant qu’il y avait assez de couvents à Fougères.

L’évêque de Rennes dut insister. Finalement le subdélégué, se rendant à l’évidence, déclara que les services rendus par les religieuses l’avaient fait changer d’avis, et les lettres patentes du roi furent accordées en octobre 1782. La maison était alors dotée de 800 livres de revenus.

Ancienne chapelle de la Providence.

Au moment de la Révolution, la fondatrice demeura à la Providence et n’émigra pas, de sorte que le District de Fougères voulut bien considérer cet établissement comme une entreprise industrielle car on y fabriquait de la flanelle. Les religieuses y demeurèrent et, pour un temps, purent garder leur costume malgré une mise en demeure de la municipalité de le quitter du 7 septembre 1793. Sur l’ordre du District, le 20 mars suivant, elles durent à regret revêtir des vêtements civils, mais restèrent à l’hospice jusqu’au 23 avril 1796, époque où elles en furent chassées. Elles s’installèrent alors dans une maison au bas de la rue des Vallées et quelque temps après, demandèrent à rentrer à la Providence, ce qui leur fut refusé, car ces femmes qui avaient refusé le serment constitutionnel furent considérées comme dangereuses.

Finalement, le 27 février 1800, les Filles de la Sagesse, sécularisées, obtinrent de la Commission des Hospices de la ville, la location de la Providence pour 250 F par an. Elles y reprirent leurs œuvres anciennes, y reçurent des jeunes filles pauvres, installèrent une salle d’asile et un pensionnat qui devint très florissant. Puis, dans un passé récent, les Filles de la Sagesse, celles que l’on appelait à Fougères les sœurs grises en raison de leur costume, s’installèrent au Parc, propriété située près de Rillé, léguée par Madame Pacory aux orphelines de la Providence. Après quelques années de fonctionnement, les Sœurs de la Sagesse durent se retirer. Depuis, l’Institution des Sourds parlants a repris le relais et occupent ces lieux.

En 1939, les bâtiments plus ou moins abandonnés de la Providence furent affectés à l’accueil des réfugiés politiques espagnols, républicains pour la plupart. Pendant l’Occupation, sous la pression allemande, les vieillards de l’hôpital furent évacués à l’ancienne Providence. C’est là, malheureusement, que la plupart d’entre eux périrent brûlés vifs lors du bombardement du 6 juin 1944.


Des droits et des taxes ou la Pancarte de Devoirs de 1783

EEn 1783, sortait des presses de l’imprimerie de Nicolas Vatar, imprimeur de Nos seigneurs des Etats de Bretagne, à Rennes, une Pancarte des Devoirs <que les manants et habitants de la ville et faubourgs de Fougères et bourgeoisie de Saint-Sauveur-des-Landes ont accoustumé de payez pour les marchandises. Il s’agissait en fait de collationner et de mettre à jour des anciens règlements remontant parfois au XVIème siècle, afin de fixer les tarifs des droits et des taxes sur les marchandises vendues ou achetées à Fougères en réaffirmant au passage les droits du baron de Fougères sur le commerce, dus notamment par les marchands bourgeois de la ville mais aussi par ceux de Saint-Sauveur-des-Landes, en référence aux temps lointains où les barons de Fougères avaient fait de cette paroisse une terre de prédilection.

Dans ce document conservé aux Archives municipales de FougèresArchives municipales de Fougères – CC 3-24., nous apprenons ainsi qu’il est de coutume que les habitants de la ville doivent depuis toujours 12 deniers et les bourgeois 18 au baron de Fougères, dont la moitié est payée le lundi qui suit la foire de la Chandeleur et l’autre moitié après la foire de la Pentecôte. Le bourgeois, s’il veut tenir commerce, doit avoir pignon sur rue ou utiliser les étals des halles; il ne peut être marchand ambulant. Ne peut donc être bourgeois qui veut. Le règlement est précis: aucun ne peut user de devoir de bourgeoisie qu’il n’est fils de bourgeois ou qu’il n’y ait dix ans entiers et parfaits qu’il soit ordinairement demeurant en la dite bourgeoisie, ayant terres ou maisons en icelle, et fait le bon gré du prévost dit coutumier dudit seigneur de Fougères en manière accoutumée. Une fois admis et reconnus, les bourgeois s’engagent à ne pas laisser circuler leurs marchandises hors de la ville sans en payer les taxes afférentes.

Pour les taxes, nous sommes assez loin de notre TVA actuelle, le calcul est très compliqué puisqu’il varie selon la nature des marchandises vendues. Le règlement a l’avantage d’être assez instructif tant sur le plan de la fiscalité que sur celui des marchandises que l’on pouvait alors trouver sur les marchés de Fougères. Les grains sont taxés de 3 deniers par boisseau tant du vendeur que de l’achepteur. À part les céréales dont les contenances sont facilement mesurables, il semble que la taxation s’applique à la charge, ainsi un grand panier est autant taxé qu’un petit, ce qui est vrai aussi pour le pain, le sel et le poisson. Le vin est taxé de 20 deniers par pipe valant 2 barriques, soit 467 litres et le cidre, 10 deniers. Le beurre, la graisse, le suif et l’oing (graisse d’animaux) sont taxés de 2 deniers par chacun poids (un poids de beurre valait environ 8 kg 900). La laine, le fil, la filasse sont taxés seront leur qualité.

Les animaux sont taxés de 10 deniers pour les chevaux et les bovins, les bestes aumailles, de 5 deniers pour les brebis, de 12 deniers pour les porcs, les chèvres et les daims. Les taxes sur les poissons nous renseignent sur les variétés que l’on pouvait trouver à Fougères. On parle de poisson fraits de mer et l’on énumère le tarif des taxes différentes sur le hareng, saur ou salé, la raie seiche, la morue fraîche ou salée, le saumon frais ou salé mais aussi la baleine taxée à un sol. Le hareng et la morue sont souvent conditionnés en barils car on en consomme beaucoup pendant le carême. C’est le prévôt qui fixe la taxe pour la place des tonneaux et cuves, une pièce honnête pour chaque espèce de poisson. Par ailleurs, nous trouvons encore l’épicerie, le fromage, les oranges et les citrons, les volailles, les pois et les fèves. Le sucre et les amendes sont taxés à 12 deniers, le poivre et le gingembre à 3 sols. L’huile est conditionnée soit en baril ou en peau de bouc ou de chèvre. Denrée rare, tout comme les figues, le raisin et les pruneaux, l’huile et ces marchandises sont aussi taxées lourdement.

Mais on vend aussi du fer, de l’acier, de l’étain, du plomb, de l’airain et autres métaux. Les cercles qui sont utilisés pour les barriques de cidre sont taxés de 3 deniers la douzaine. Parmi les marchandises dites cordées, se trouvent les draps, les toiles, la mercerie et aussi la trincaillerie et autres marchandises quelconque Des taxes sont perçues aussi sur les drogues comme la noix de Galles, l’alun et la couperose et sur la vaisselle faite de poteries de terre et de vaisselle de bois. Les vanneries et paniers de toutes sortes, les arbres greffés, pommiers, poiriers, cerisiers n’échappent pas non plus à la taxe, tout comme le commerce des peaux parmi lesquelles ont trouve du loup, du renard, du putois, de la marte, de la fouine, du chat sauvage et du loir. Il n’y guère que les pintiers, estamiers et quincailliers qui échappent à la taxe, encore doivent-ils au prévôt deux objets de leur fabrication par an en guise de redevance.


Le fou du Marchix et la morosité de la Justice!

NNous sommes en 1786. À cette époque un tisserand, nommé Jean Deloge, originaire de Saint-Georges-de-Reintembault, habite depuis quelques années au faubourg du Marchix, en la paroisse Saint-Sulpice. L'homme est quelque peu perturbé depuis quelques mois, ce qui inquiète le général de la paroisse, car Jean Deloge s'en prend aussi aux habitants du quartier.

Le 5 novembre 1786, le général, sans succès semble t-il, s'est déjà adressé au procureur fiscal de la juridiction de la Trinité dont dépend le quartier du Marchix, afin qu'il prenne les mesures nécessaires à l'encontre du pauvre Deloge, fasse cesser ses menaces et ramène le calme et la sécurité tant chez ce malheureux que chez les habitants. Devant la morosité du procureur, le général se doit de le mettre en demeure d'agir.

Selon le procès-verbal qui fut dressé, nous apprenons depuis un mois surtout, Jean Deloge est dans un état de furie qui donne lieu au public et en particulier aux habitants de la paroisse Saint-Sulpice, les funestes effets de sa folie. Il bat et maltraite quantité de personnes, veut en tuer d'autres, jette son bonnet sur les autres et au passage de nos gens, veut mettre le feu chez lui où il a cassé et rompu une partie de ses meubles. Le général de la paroisse ne peut tolérer, pour des raisons de sécurité publique évidentes, de tels agissements, car selon les règlements, un homme aussi dangereux doit être renfermé. Jean Deloge qui est relativement à l'aise, il convient aussi de protéger ses biens car l'on dit que ses biens meubles et effets sont d'une valeur assez grande pour être mis à l'abri des vols.

Vieilles maisons de la Place du Marchix.

Aussi le général menace-il Joseph Vignon de la Perrière, procureur de la juridiction de la Trinité, de pourvoir directement contre lui personnellement en cas de morosité - un joli mot pour qualifier l'incurie et l'incapacité de l'homme de justice -. La notification officielle fut faite très solennellement puisque se rendirent chez le procureur, le sergent René Julien, le notaire Armand Caillère, Joseph Lemonnier, trésorier de Saint-Sulpice en exercice et un archer nommé Jean Saucet. Ce fut le greffier du procureur, Pierre Jumelais, qui reçut la délégation et dressa officiellement acte de la demande du général de la paroisse.

Il semble que cette démarche fut cette fois suivie d'effet, car Jean Deloge qui au moment des faits, était âgé de 37 ans, fut placé à l'hôpital général Saint-Louis où il mourut célibataire, à l'âge de 60 ans, le 25 mars 1809. Il y exerçait toujours son métier de tisserand, ce qui n'a rien d'extraordinaire car, pendant très longtemps, l'hôpital Saint-Louis employa des tisserands pour la fabrication de la toile dont il tirait profit.


Lorsque l’on numérotait les rues de Fougères

CC’est en 1794 que, pour la première fois à Fougères, on ordonna la pose de plaques et de numéros sur les maisons des rues de la ville. À cette époque, Révolution oblige, on trouva aussi de bon goût de changer le nom des rues et places en leur attribuant un nom beaucoup plus patriotique. Ce fut ainsi que la rue Nationale devint la rue de la République; la place du Théâtre, place Brutus; la rue Chateaubriand, rue de l’Egalité; la rue de la Pinterie, rue de la Montagne; la rue du Beffroi, rue Marat; la rue de Rillé, rue de la Révolution, etc…Certaines des rues dénommées alors ont gardé leur nom jusqu’à nos jours: les rues du Nançon, des Fontaines, de Vitré, de Laval, de Paris, Jean-Jacques Rousseau, de l’Hospice, des Prés et du Parc…

Pour ce faire, il convenait de passer un marché par adjudication à qui pour moins voudra se charger de l’inscription du nouveau nom des rues aux conditions qui seront réglées. L’adjudication a lieu le 31 juillet 1794 à l’Hôte de Ville. Trois artisans présentent leur devis. Il s’agit des citoyens Gobert, Bigot et Houet, ce sera ce dernier, artisan vitrier à Fougères qui sera chargé du travail pour la pose des plaques de rues pour le prix de 4 livres l’unité en promettant de rendre son ouvrage d’aujourd’hui à un mois.

La municipalité a imposé un cahier des charges précis à l’adjudicataire. C’est ainsi que les plaques seront placées aux extrémités des rues et places: une plaque à une extrémité d’un côté et une autre à l’extrémité du côté opposé sur une planche de bois ayant deux pieds de long sur neuf ou dix de large, soit environ 66 cm sur 27 cm. Chaque plaque devra être enduite de trois couches de peinture à l’huile couleur marron et les lettres, chiffres et autres caractères devront être peints sur la dernière couche en couleur blanche, sur une hauteur d’environ 6 cm et devront comporter une ombre suivant les règles de l’art, afin que sa lecture en devienne plus facile. Ces plaques seront fixées par trois patte-fiches en fer à une hauteur suffisante pour éviter les dégradations. Lorsque l’artisan rencontra des murs en grand appareil de granit, il pourra peintre son inscription directement dessus.

Dans cette délibération municipale, nous apprenons également que si la ville prend en charge la fabrication et la pose des plaques de rues, la numérotation des maisons qui est devenue obligatoire, est à la charge financière des propriétaires. Recherchant, nous l’avons vu, une certaine harmonie dans la présentation des plaques de rues, pour ce qui concerne la numérotation, il en est de même le numéro d’ordre qui devra être placé sur chaque maison aura une hauteur de trois pouces et largeur de six pouces (12 x 33 cm) sera peint en blanc avec ombre sur un fond marron, comme pour les plaques.

Cependant, il n’est pas précisé si cette numérotation doit se faire de chaque côté de la rue avec des chiffres pairs et impairs. On demande seulement de commencer la numérotation par le premier chiffre, soit le n°1. Chaque rue devait donc se numéroter en continu en partant d’un bout de la rue jusqu’à son extrémité et la numérotation devait se poursuivre en traversant la rue pour repartir sur la maison d’en face et ainsi continuer jusqu’à l’extrémité du côté opposé. En 1794, on nous précise que la ville de Fougères compte 33 rues, ce qui correspond encore à l’ancienne ville close et à quelques faubourgs.

En cette année 1794, la Municipalité demande également aux Fougerais de clore leurs propriétés. Les rues ne sont pas sûres et on dénonce, le soir venu, des intrusions de chouans dans la ville. Toutes les allées menant aux habitations devront être closes par une porte solide sur chaque issue. Ces portails devront être fermés à 9 h du soir en hiver et à 10 h en été. Des commissaires de police surveilleront l’exécution de cet arrêté, dénonceront les abus et les contrevenants qui seront poursuivis. Une liste de Fougerais, désignés pour cette surveillance, est établie par secteur et quartier; une sorte d’ilotiers avant l’heure. Pendant plusieurs années, les édiles fougerais qui craignaient une action d’envergure des chouans contre la ville, prirent des mesures, parfois contraignantes pour les habitants, afin d’assurer la sécurité publique. Nous verrons même la Municipalité interdire, sous peine de prison, le port des masques et de déguisements pendant le carnaval par crainte que ne se cachent parmi les travestis des brigands mal intentionnés.


Les Filles sages de Fougères

SSi la proclamation de l'Empire le 18 mai 1804 ne semble pas avoir été l'occasion d'une explosion de joie à Fougères, il fallut bien se soumettre au nouveau maître et lorsqu'un décret impérial de 1807 ordonna aux municipalités de fêter dignement l'anniversaire du couronnement de Napoléon, la décision du César mit la municipalité fougeraise en ébullition.

De par la volonté impériale de voir les communes du pays ayant plus de 10.000 Francs de revenus, doter sur les fonds communaux une fille sage qui sera mariée à un homme qui aura fait la guerre et dont le choix sera fait par le conseil municipal de chaque commune et par le préfet dans la commune chef-lieu de département, le premier dimanche du mois de décembre, fête de l'anniversaire du couronnement de Sa Majesté l'Empereur, Fougères se devait de s'incliner. Mais comment faire? Pensez donc, ce n'était pas les filles sages qui manquaient à Fougères et faire un choix équitable n'était assurément pas facile! Le choix de la belle était une chose, encore fallait-il la doter, de combien et sur quels fonds? On eut d'abord un espoir. Monsieur Bochin, adjoint au maire, pensa que dans ce moment, il ne se présenterait pas de fille pour se marier à un militaire. Mais le brave homme se trompait car des filles désirant épouser un beau militaire, cela existait bel et bien à Fougères. Il y en avait au moins une! Marie Jeanne Boulot se présenta au maire avec à son bras, un ancien sergent d'infanterie légère pensionnaire du Gouvernement, le sieur Jean Julien Aubert.

Comme on désirait surtout donner des preuves du plus inviolable attachement à Sa Majesté et de la plus grande soumission à ses intentions, on réussit à prélever une somme de 400 F sur les octrois pour doter la jeune mariée, au prix d'efforts financiers incroyables. Fort heureusement pour la municipalité, les autres filles sages qui, pourtant, ne manquaient sans doute pas dans la cité, ne se présentèrent pas à la mairie. Mais en attendant, il fallait bien répondre à la demoiselle Boulot pour laquelle on fit une enquête de moralité comme en témoigne la délibération municipale conservée dans laquelle on peut lire: Après avoir prit les renseignements convenables relatifs à la fille... il s'avère qu'elle s'est toujours comportée avec honneur, sagesse et probité. La dot lui est comptée le jour de son mariage qui est célébré par M. Bochin le dimanche 6 décembre 1807, à 10 h 30 du matin.

Acte de mariage de Jean Aubert et de Marie Boulot Fougères – 6 décembre 1807.
Huile sur bois de Maurice Orange (1912)
peintre normand granvillais (1867-1916).

Lorsque Napoléon épousa Marie-Louise de Hasbourg-Lorraine le 1er avril 1810, il prit à nouveau un décret qui, à l'occasion de son mariage et selon lui, devait associer à son bonheur... et pour la vie, des militaires en retraite et des filles distinguées par leur bonne conduite, ce qui conduisit à une réunion très animée du conseil municipal. Deux militaires se présentent le 13 avril: Jean Devault qui se propose d'épouser Marie Nadal et Jean Pays qui veut s'unir à Marianne Grolleau. Les candidatures sont agréées et le choix des bénéficiaires de la générosité impériale (payée par la ville) est définitivement arrêté. Les tourtereaux convoleront en justes noces, louant sans doute l'initiative prise par l'Empereur d'épouser une Autrichienne.

À la naissance du Roi de Rome, le 20 mars 1811, la ville de Fougères est appelée à organiser une fête particulière dont le programme doit être proposé d'avance. Outre des feux de joie, une distribution de vivres aux pauvres des deux paroisses de la ville, des arcs de triomphe, des illuminations et des bals publics, une somme de 600 francs sera affectée à la dot d'une fille pauvre qui sera mariée à un militaire. Deux mariages sont financés, mais un seul militaire, Etienne Vallet, se présente et déclare vouloir épouser une fille sage, en l'occurrence Félicité Echerbaut. Bien que le Conseil regrette infiniment qu'il ne se soit pas présenté un autre militaire pour épouser une rosière, on fera, ce jour-là, l'économie d'une dot!


Prières publiques

NNapoléon 1er avait compris qu’il n’y aurait pas de paix civile en France sans paix religieuse. Le Concordat signé, les évêques furent priés de soutenir le nouveau régime.

Lorsqu’en 1804, le Gouvernement de la République fut confié à un empereur qui prend le titre d’empereur des Français, le nouveau souverain écrit à l’évêque de Rennes, Mgr de Maillé: Monsieur l’évêque, le bonheur des Français a toujours été l’objet de mes plus chères pensées. Appelé par la Divine Providence et par les Constitutions de la République à la Puissance Impériale, je me repose avec confiance dans le secours du Très-Haut; il inspirera à ses ministres le désir de me seconder… Ils éclaireront les peuples en leur prêchant l’obéissance aux lois… Ils appelleront les bénédictions du Ciel sur la Nation et le Chef suprême de l’Etat… Vous ferez chanter le Veni Creator dans toutes les églises de votre diocèse… Vous ferez lire au prône le Sénatus-Consulte du 28 floréal dernier (proclamation de l’Empire et texte de la nouvelle Constitution).

L’évêque s’exécute sans enthousiasme: La Divine Providence qui renverse les empires et en rétablit de nouveaux… Le Sénat ayant décerné la couronne impériale à Napoléon Bonaparte et l’ayant fixée dans sa famille, unissons nos prières pour demander au Roi des Rois que le Chef suprême de l’Empire règne dans la justice, la paix, le repos et l’abondance. Le mandement précisait que le Veni Creator et le Te Deum devraient être chantés au cours d’une cérémonie célébrée à la même heure et de même manière le dimanche suivant. Par ailleurs, conformément à l’article VIII du Concordat, la prière récitée pour la République le serait désormais pour Napoléon.

Sacre de Napoléon et de Joséphine – par Jacques Louis David (1808, Musée du Louvre).

Des mandements de l’évêque de Rennes ordonnant des Te Deum arrivent dans les paroisses du diocèse à l’occasion de la prise de Dantzig en 1807, de victoires remportées au cours de la campagne d’Espagne en 1808, de l’entrée des armées impériales à Vienne et des victoires de Enzersdorff et de Wagram en 1809. Ces directives épiscopales font suite à un ordre formel de l’empereur lui-même. Il en est de même en 1811 lors de la naissance du Roi de Rome: Te Deum qui devra être chanté conformément aux intentions de Sa majesté Impériale et Royale, en actions de grâces de l’heureux accouchement de la fille de tant de Césars, la Princesse la plus distinguée par ses vertus et les qualités de son cœur (l’impératrice Marie-Louise), et de la naissance du Désiré de toute la Nation.

En 1814, il est ordonné de chanter solennellement dans toutes les églises du diocèse, un Te Deum, en actions de grâce de la Paix heureusement conclue entre Sa Majesté très chrétienne Louis XVIII et les puissances alliées. – Vous avez longtemps soupiré, écrit Mgr Enoch, la guerre a porté la désolation et le ravage qui a fait couler des ruisseaux de sang… Quelle jouissance, ô Louis! de nous avoir délivrés de tant de fléaux… Ô beaux jours! qui ramènent au milieu de nous un Prince chéri…..

Le 9 juillet 1819, les curés sont invités à faire prier leurs ouailles pour obtenir des conditions météorologiques plus clémentes car la récolte est fortement compromise par des orages extraordinaires qui répandent crainte et effroi et des tempêtes dévastatrices qui traînent à leur suite tant d’afflictions et de si longs malheurs. L’évêque ordonne que tous les dimanches, après les Vêpres et à tous les Saluts, on chantera le Miserere et le Parce Domine. L’histoire ne nous dit pas si la ferveur publique vit enfin les voûtes célestes s’éclaircir!


Le Pays de Fougères envahi

LLe 22 juin 1815, Napoléon abdiquait pour la deuxième fois. Louis XVIII retrouvait son royaume envahi par les troupes étrangères, mis à sac par elles, un pays épouvanté et découragé, un Trésor vidé par les Cent-Jours, une administration désorganisée, un désordre et une anarchie qui régnaient partout. Si le premier Traité de Paris de 1814 fut relativement clément pour la France qui retrouvait ses frontières de 1792, les conditions de paix imposées après Waterloo au second Traité de Paris étaient tout autres. Le Duc de Richelieu qui avait remplacé Talleyrand aux Affaires Etrangères, devenu Premier Ministre sut avec pugnacité négocier et réussit à ramener de 7 à 5 ans l'occupation militaire du pays par 150.000 hommes et à inclure une clause du Traité par laquelle cette occupation pourrait cesser au bout de 3 ans dès que l'indemnité imposée (il obtint de la ramener à 700 millions au lieu de 800) serait payée.

Le vainqueur de Waterloo, le général Wellington adressa aux maires une proclamation pour leur rappeler qu'il les tenait pour responsable des troubles occasionnés par l'occupation des troupes et que l'entretien et la subsistance de celles-ci seraient à la charge des municipalités. L'occupant s'installait et le 31 août 1815, le maire de Fougères annonçait à son conseil qu'entre le 5 et le 11 septembre suivant plus de 36.000 soldats et 10.000 chevaux passeront ou séjourneront à Fougères et qu'il convenait de fournir 51.500 rations de vivres et 12.600 rations de fourrage. À la hâte, il faut faire la publication de cette désagréable nouvelle et fixer une adjudication pour les rations qui seront, pour les hommes, de 2 livres de pain, une livre de viande fraîche, un décilitre d'eau de vie et une once de tabac, et pour les chevaux: 10 livres d'avoine, 6 livres de foin et 3 livres de paille de froment. Les adjudicataires réclament des garanties financières et le maire doit faire appel à tous ceux qui voudront bien venir au secours de la ville, promettant de les rembourser dès qu'elle le pourra.

L'occupant a ses exigences: un commandant prussien demande que pour suppléer à l'insuffisance des écuries existantes dans les casernes de la ville, soient construites sur le champ des baraques pour recevoir 400 chevaux faute de quoi, il se verrait dans l'obligation de mettre en réquisition les écuries et les rez-de-chaussée des logements des habitants. Ce travail demandant du temps, on décida alors de garnir le cloître des Urbanistes de râteliers et de mangeoires et d'évacuer la chapelle Saint-Joseph pour la transformer en écurie. Pour répondre à la fourniture de pain exigée par le bivouac installé sur le Champ de Foire, les boulangers des communes voisines sont appelés à aider leurs collègues de la ville.

La chapelle Saint-Joseph de la rue Lesueur fut transformée en écurie.

Les officiers qui ont réquisitionné des logements se plaignent de ne pas être très bien traités par leurs logeurs et réclament pour leurs frais de table, un local assez grand, le linge, la vaisselle et tout ce qui est nécessaire pour le service. Le commandant de la place exige qu'on lui serve dans son logement à dîner, une table de 4 couverts composée de 4 plats au moins, de 2 bouteilles de bon vin ordinaire et d'une bouteille de vin de qualité supérieure au dessert, le tout indépendamment du linge, de l'argenterie et de tout de ce qui est nécessaire pour le service et prévient que si des officiers se plaignent encore il les recevra à sa table à la charge de la ville.

Pendant plus d'un mois, les troupes passent dans le pays et séjournent à Fougères et à Saint-Aubin-du-Cormier mettant les municipalités et la population dans la consternation. Une lettre adressée au sous-préfet l'informe que la ville et l'arrondissement de Fougères sont tout prêts d'être épuisés en grains, en bestiaux, en fourrage et en moyens de transport et qu'il est de notoriété publique que le canton de Saint-Aubin n'est plus en état de se nourrir lui-même. Pourquoi, s'interroge t’on, le commandement prussien peut-il priver entièrement de tous moyens d'existence les habitants d'un pays qui a mis la meilleure volonté à le satisfaire et pourquoi s'obstine t’on à faire passer par Fougères les troupes qui se rendent de Rennes à Vire alors qu'on peut les faire passer par Hédé, Dol, Pontorson, Avranches... et pourquoi ne passe-t-on pas par Saint-Aubin-d'Aubigné, Antrain et Saint-James pour aller de Rennes à Saint-Hilaire-du Harcouët? Le pays y est fertile en grain et fourrage et, dit-on, la route n'est pas plus longue... Bref s'il faut que les troupes passent, qu'elles passent, mais on n'en veut plus à Fougères.

En 1817, le duc de Richelieu obtint qu'un cinquième des troupes quitte le territoire français, le pays de Fougères se trouvait avec bonheur concerné par cette mesure car les délibérations municipales ne parlent plus d'occupation. Puis les indemnités de guerre ayant été payées avant terme, l'occupation s'acheva à la fin de novembre 1818. Nous verrons, hélas!, et l'Histoire nous le dira, que les bottes prussiennes résonneront encore à plusieurs reprises sur notre sol.


Faveurs royales pour Fougères

LLa fin de l'occupation du pays de Fougères par les troupes prussiennes en 1818 laissa la ville dans une situation financière désastreuse avec de nombreux indigents abandonnés à la charité publique.

Un ancien sous-préfet de Fougères, le comte de Kerespertz, devenu préfet de Vendée eut l'occasion de parler de son ancien arrondissement à la Cour et notamment devant les ducs de Berry et d'Angoulême (fils de Charles X). La duchesse d'Angoulême (fille de Louis XVI) l'ayant fait venir lui promit de faire tout ce qu'elle pourrait pour nos pauvres, que Monsieur avait aussi promis une somme égale à celle de Madame et que le Ministre de la Maison du roi y joindrait encore mille francs. De son côté, le duc de Berry lui fait remettre une somme de 1000 francs pour le soulagement des indigents fougerais.

La municipalité fougeraise remercia les deux princes dans deux lettres très flatteuses dont la copie est restée transcrite sur les registres des délibérations le 25 mars 1817. Nous lisons: ... la fâcheuse position des pauvres de notre ville est parvenue jusqu'à Votre Altesse... votre cœur est toujours sensible au malheur, votre main toujours prête à répandre vos bienfaits... Remplis d'amour et de respect pour Votre Auguste Personne, recevez, illustre protecteur des infortunés, digne neveu de Louis le Désiré, cette faible expression de notre gratitude….

Ce fut donc une manne financière de 4.000 francs, somme assez conséquente à l'époque, qui arriva sur la table du maire qui fut invité à bien l'employer de la manière qu'il croira la plus avantageuse pour les malheureux. En réalité, il fut décidé qu'on utiliserait cette somme pour effectuer des travaux publics. La délibération ne précise pas lesquels, mais peut-être apportèrent-ils quelques soulagements à la vie quotidienne des indigents fougerais en leur donnant du travail? Du moins peut-on l'espérer!!

Marie Caroline de Bourbon-Siciles, duchesse de Berry et son fils, le futur comte de Chambord.

Aussi ne s'étonne-t-on guère de voir Fougères fêter la naissance du petit duc de Bordeaux, futur comte de Chambord. L'enfant du miracle, né le 29 septembre 1820, fils posthume du duc de Berry assassiné par Louvel quelques mois plus tôt, représentait tout l'avenir de la monarchie et sa mère n'hésita pas à sacrifier sa pudeur à la raison d'Etat en requérant six témoins pour assister à l'accouchement.

À Fougères, la naissance du petit prince entraîna des réjouissances qui durèrent du 1er au 8 octobre 1820 et qui coutèrent 521,60 francs au budget communal. Pour donner plus de solennité à la fête, une garnison de Chasseurs de la Marne caserna en ville.

Les mémoires des fournitures témoignent qu'un feu de joie fut allumé le jour de la fête publique et que l'hôtel de ville fut illuminé (il en coûta 27 F 75). On ravitailla aussi les soldats et les gendarmes en pots de cidre et en eau-de-vie. C'est d'ailleurs ce qui coûta le plus cher: 343 F 85! On dut fournir en effet 676 pots de cidre et 83 litres d'eau-de-vie. Nos braves gendarmes et soldats de l’époque n'étaient pas soumis à l'alcootest!

Enfin, les boulangers Pierre Léon et Emmanuel Dorison fournirent les 750 kg de pain distribués aux pauvres (quand même!) mais qui ne coûtèrent que 150 francs.

Le 11 mai 1821, on voit la ville de Fougères contribuer à hauteur de 300 F à l'acquisition du domaine de Chambord, manifestant en la circonstance, son désir de saisir, avec toute la France, cette nouvelle occasion de prouver son fidèle dévouement à la dynastie des Bourbons. Pourtant les journées révolutionnaires de Juillet 1830 ne laissèrent aucune trace dans les délibérations fougeraises et les élus ne se réunirent que le 11 septembre suivant en prêtant, sans enthousiasme, un serment de fidélité au nouveau Roi des Français.


Le premier artiste-vétérinaire

LLe 7 juin 1824, le maire de Fougères propose d'établir un artiste-vétérinaire dans sa ville. D'ailleurs, il a déjà un candidat en la personne du sieur Forthomme qui exerce déjà la profession au Régiment des Chasseurs de la Marne qui tient garnison en ville. Le militaire souhaite quitter l'armée et s'installer afin d'y exercer son art. Pour ce faire, il demande que la Ville lui assure un traitement annuel de 600 francs.

Le sous-préfet, informé, pense que la ville pourrait contribuer pour moitié à cette dépense, l'autre moitié étant répartie par ses soins sur les communes rurales de l'arrondissement. Il assure aussi que les amendes de police rendues aux communes par ordonnance du roi seront plus que suffisantes pour couvrir la dépense.

Il est vrai qu'à cette époque, si les chevaux avaient quelque chance d'être soignés, les bêtes à cornes ne pouvaient guère espérer que des remèdes de bonne femme plus ou moins efficaces. C'est d'ailleurs le sens de la délibération du Conseil municipal qui considère qu'il serait désirable et avantageux dans nos contrées agricoles qu'il s'y établisse un artiste-vétérinaire ayant les connaissances requises pour traiter avec succès non seulement les chevaux mais aussi les bêtes à cornes, espèce d'animaux si précieuse, abandonnée de tous, tenue à de simples paysans totalement dépourvus de principes et d'instruction dans l'art de guérir, ne suivant pour règle de leurs pansements qu'une pratique routinière, nécessairement fautive, au lieu que les chevaux, dans leurs maladies, trouvent au moins quelques maréchaux expérimentés qui, quoique au-dessous, à la vérité, des artistes qui ont fait leurs cours dans les écoles vétérinaires, ne laissent pas de faire souvent des cures propres à inspirer de la confiance aux cultivateurs.

Un marché aux bestiaux place Carnot au début du siècle dernier.

Or, il se trouve qu'un autre jeune homme de Fougères doit quitter l'école vétérinaire d'Alfort et envisage de s'installer dans l'arrondissement après l'obtention de son diplôme. Le maire qui s'est un peu engagé vis-à-vis du sieur Forthomme pense que ce n'est pas un motif pour rejeter la candidature du militaire qui est déjà très connu sous de très bons rapports. Le jeune Fougerais peut s'installer dans une autre commune de l'arrondissement car on ne peut assurer le traitement de deux artistes.

Pourtant, on considère que deux artistes semblables, parcourant et se partageant un territoire assez vaste pour les occuper l'un et l'autre, vu la quantité prodigieuse de bestiaux qu'il contient, ils pourraient s'y fixer sans se nuire; qu'en toute supposition, la concurrence ne pourrait avoir que d'heureux effets pour le pays, en les stimulant davantage, chacun d'eux étant jaloux de réussir à se faire un nom, et apportant par conséquent plus d'attention, de soin et d'activité dans ses traitements pour obtenir la préférence.... Malgré cela, on considère aussi que la somme de 300 francs proposée par le sous-préfet pour la prise en charge municipale fougeraise du traitement du sieur Forthomme est trop forte proportionnellement avec le reste de l'arrondissement, en raison du peu d'avantage que les habitants de la ville pourraient retirer de cet établissement, à cause du petit nombre de bestiaux que renferme la commune, comparé avec celui existant dans les communes rurales qui seraient à lieu d'en profiter.... Et on décide d'accorder 200 francs au sieur Forthomme lorsqu'il sera installé. Il sera payé le jour où il aura fait au secrétariat de la mairie sa déclaration de domicile en ville.

L'histoire ne nous dit pas si l'artiste-vétérinaire fougerais, récemment sorti de sa promotion d'Alfort, s'installa dans la région et partagea son art avec son collègue Forthomme qui reste le premier vétérinaire diplômé à avoir exercé au Pays de Fougères.


lorsque le maire présidait au tirage... de la loterie

SSelon la loi du 21 mai 1836, toute opération offerte au public sous quelque dénomination que ce soit pour faire naître l'espérance d'un gain qui serait acquis par la voie du sort< était interdite; la loterie était ainsi prohibée.

Plus tard, des ordonnances de Louis-Philippe et de Napoléon III, ainsi que des circulaires républicaines avaient assoupli l'interdiction en acceptant l'organisation de loteries d'objets mobiliers destinées à des œuvres de bienfaisances et à l'encouragement des arts, à condition toutefois d'être autorisées par le sous-préfet, le préfet ou le ministre selon le capital d'émission proposé. Le maire, quant à lui, était tenu d'assister ou de se faire représenter au tirage dont la liste des numéros gagnants devait être affichée à la porte de la Maire.

C'est ainsi que le 20 décembre 1903, 5 000 billets à 25 centimes furent émis pour la construction d'une Maison du Peuple à Fougères à la demande de la Fédération des Syndicats ouvriers.

La Municipalité elle-même, fut autorisée à lancer 20.000 billets à 25 centimes, le 1er mars 1912, dont le produit devait être employé à secourir les ouvriers chômeurs de la Place de Fougères, et le 30 janvier 1916, 8.000 billets furent émis à la demande de Madame Cahierre, Présidente du Comité de L'Union des Femmes de France, section de Fougères afin de prendre en charge diverses formations sanitaires dispensées par le Comité.

Le 2 juin 1928, un arrêté du sous-préfet autorise Monsieur Albert Durand de la Béduaudière, Président du Syndicat d'Initiative, à émettre 10.000 billets à 1 franc dont le produit sera employé aux travaux de déblaiement en cours d'exécution au château de Fougères, classé Monument Historique, (ce qui aboutit au le premier chantier de fouilles mené au château).

Autre temps, autres mœurs, de nos jours, on se prend à rêver devant un loto ou un millionnaire... L'appât du gain aurait-il fait oublier toute solidarité?


Un bon remède: le rire

SSi le rire est le propre de l'homme, on dit aussi qu'une bonne rigolade vaut un bifteck! Faut-il chercher une justification à ce dernier adage dans les pages de La Chronique de Fougères qui, dans son numéro du 20 août 1864, rapporte très sérieusement les quelques principes d'hygiène qu'un savant docteur préconise de suivre pour les repas. Si l'on veut que la nourriture profite au corps, dit-il, dînez toujours, si vous le pouvez, avec des gens réjouis. Et de rappeler qu'autrefois, les grands de ce monde fidèles à de bons principes d'hygiène avaient des fous et des bouffons autour de leur table pour provoquer le rire la meilleure des choses pour la digestion.

Il serait une erreur de considérer le rire comme un simple mouvement instinctif, car au contraire, affirme ce médecin, il forme une de nos plus importantes fonctions, non seulement en relevant les esprits, mais fortifiant les nerfs, en chassant la bile, en établissant une circulation salutaire du sang, en aidant à la digestion.... Le dicton populaire Je viens de me faire un verre de bon sang, entendu lorsqu'on a bien ri, serait donc vrai. Se faire de mauvais sang se dit en des moments d'inquiétude, ce qui est vrai aussi. Alors suivons le conseil: Entretenez toujours la joyeuse bonne humeur à votre table, gardez-vous de toute discussion irritante, bannissez-en toute controverse

Aussi ne faut-il jamais se mettre à table lorsqu'on est en colère, car tout ce qu'on mangera nous semblera mauvais et notre digestion en sera d'autant plus difficile. Ne vous mettez pas à table, dit le savant docteur, quand vous êtes échauffé par la marche; attendez que le calme soit revenu dans votre sang. Ne vous querellez jamais à table....; et de donner cet exemple: Une femme qui choisit ce moment-là pour chercher noise à son mari et à ses enfants, les rend bilieux et se prédispose elle-même à une maladie de foie Puis, pour argumenter encore son propos, le médecin rappelle qu'un vieil auteur prétend qu'une querelle de ménage en mangeant est tout aussi bonne pour l'estomac que si l'on avalait une pelote garnie d'épingles!.

À bon entendeur salut!


L’inauguration du théâtre municipal

AAprès une fermeture de 30 ans, en 2001, presque jour pour jour et 115 ans après l’inauguration officielle du théâtre en 1886, les Fougerais ont retrouvé leur théâtre entièrement restauré.

Le théâtre a été édifié à l’emplacement de l’ancienne halle à viande et aux toiles qui, jusqu’en 1880, occupait cette partie de la Place du BrûlisAncien nom de la place du Théâtre actuelle. Sur cette place, il existait autrefois un ilot de maisons en colombages qui fut détruit lors des incendies qui ravagèrent la haute ville au XVIII<sup>ème</sup> siècle. Les maisons ne furent pas reconstruites et la place qui fut ainsi dégagée prit le nom de « place du Brûlis ». Chaque semaine, les paysannes du pays venaient y vendre leur beurre et leurs œufs, comme on le constate sur la gravure ancienne ci-dessus..

L’ancienne halle à viande, place du Brûlis.
Le théâtre inauguré en 1886 après sa restauration.

Dès 1850, la Municipalité fougeraise s’interroge sur la nécessité de construire une salle qui pourrait à la fois servir de salle de concert et de salle de distribution des prix. En 1852, on décide d’utiliser à cet effet le premier étage de la vieille halle à viande toujours utilisée pour la vente des toiles. Un devis des travaux à réaliser est même déposé.

Mais ce ne sera réellement qu’en 1866 qu’on projettera de construire un théâtre à Fougères. Cinq ans plus tard, la vieille halle n’est toujours pas démolie, et, en 1880, cinq projets sont finalement déposés. Ce sera celui de l’architecte Jean Marie LaloyJean Marie Laloy est né à Fougères le 25 novembre 1851 et est décédé à Rennes le 2 janvier 1927. Après ses études à l’École des beaux-arts à Paris, il revient en Bretagne et s’installe à Rennes en 1878. Il est nommé architecte du département d’Ille-et-Vilaine. Outre le théâtre municipal, Fougères lui doit également l’ancienne bibliothèque de la rue de Pommereul et les halles, détruites aujourd’hui, de la rue Nationale. À Rennes, entre autres, il construit l’École d’Agriculture et la prison Jacques-Cartier. Laloy sera le constructeur de pas moins de 95 écoles, 25 gendarmeries et 43 autres bâtiments publics., un Fougerais installé à Rennes en 1878, qui sera retenu.

En 1881 a lieu l’adjudication des travaux; le gros œuvre est terminé en 1884. Pendant ces travaux, la chute d’un bloc de pierre de 800 kg blesse sérieusement deux ouvriers. On modifie le projet initial d’aménagement intérieur en 1885 en rajoutant une seconde galerie et en transformant le plafond conique en dôme surbaissé. La décoration est confiée à l’atelier Jobbé-Duval, de Rennes, et le rideau de scène aux Ets Diosse, de Lyon. La réception des travaux est faite en 1886, après quoi, il convient d’inaugurer comme il se doit ce nouveau centre culturel fougerais. Ce sera chose faite le vendredi 24 septembre 1886.

Quatre jours durant, du 24 au 27 septembre 1886, le théâtre ne désemplira pas. En ville aussi, la fête bât son plein avec cavalcade, défilé de chars, retraite aux flambeaux, illuminations, vol de montgolfière…Ce sont bien évidemment les journaux de l’époque qui en témoignent. L’inauguration du théâtre eut, selon Le Petit Fougerais, l’importance d’une véritable solennité artistique - L’enthousiasme était général, selon La Chronique de Fougères qui précise que si les Fougerais ne sont pas contents, c’est qu’ils sont bien difficiles!. Quant au Journal de Fougères il décrit le théâtre comme une bonbonnière toute fraîche et toute rose.

L’intérieur du théâtre restauré.

En ces jours de fête, quels spectacles proposait-on aux Fougerais? La Commission des Fêtes avait confié à M. Taponnier-Dubout, directeur du Conservatoire de Rennes, le soin de préparer les programmes des quatre soirées théâtrales prévues et de la saison hivernale qui devait comporter seize autres représentations.

La soirée inaugurale du vendredi 24 septembre proposait une comédie, un concert et un opéra-comique. Pour tous les officiels réunis à l’occasion, on avait fait appel à des artistes de talent venus du Théâtre National de l’Opéra Comique, de la Porte-Saint-Martin, des Grands Théâtres de Lyon, Anvers et Alger.

La comédie en un acte, de Pailleron, s’intitulait L’Etincelle; l’opéra-comique, en deux actes, La Fille du Régiment dont l’auteur n’est pas cité. Peu importe puisque ce fut un succès! Entre les deux, la Société Philharmonique de Fougères, «nos enfants chéris du succès, donnait un concert très apprécié avec des extraits de Rigoletto, de Verdi, de l’Air Hongrois, de Sarasate, de Mignon, de Thomas, etc…

Le ténor Degenne.

Les journaux ne manquèrent pas d’éloge sur la cantatrice, Mademoiselle Jacob, dont la voix a une fraîcheur, une sûreté, une souplesse admirables. Quant au premier ténor léger, venu de l’opéra-comique de Lyon, M. Degenne, à la voix moelleuse, exquise dans les demi-teintes, qui multiplie les nuances, il fut bien apprécié aussi, malgré qu’un refroidissement paralysait un peu ses moyens. Les autres artistes ont droit aux mêmes éloges et on sait que les chœurs étaient bons.

Le samedi 25, deux programmes étaient proposés: en matinée, à 14 h, deux comédies en un acte: Les jurons de Cadillac et La Pluie et le Beau temps, ainsi qu’une opérette en un acte: Les souliers de noce. Le soir, à 21 h, une comédie en trois actes: Les femmes terribles et une opérette en un acte: Avant la Noce. Le dimanche 26, en soirée, Bataille de Dames, comédie en trois actes, se voulait être à l’affiche, ainsi qu’une opérette Les Charbonniers. Le lundi 27 enfin, en soirée également, une autre comédie en cinq actes, de Victorien Sardou: La Papillonne et une opérette en un acte: Un drame au 5ème étage étaient proposées à tous ceux qui voulaient, en même temps visiter le théâtre.

Tous ces spectacles seront jugés de qualité. Le Petit Fougerais, dans une sorte d’avertissement, écrit: Qu’ils écartent (les organisateurs) toutes les troupes de passage n’offrant pas assez de garanties car une fois pris, le public ferait grève – il resterait chez lui et les artistes joueraient devant les banquettes. Mais rassurons-nous, le théâtre de Fougères allait vivre de très beaux jours. De nombreuses pièces (jusqu’à trois par semaine), de tous les styles et de tous les genres, allaient y être jouées devant un public enthousiaste et chaleureux.

Puis vint le cinéma ambulant et une première salle de cinéma (le cinéma Pathé) installée en 1911 dans la Halle aux Blés (place Lariboisière), bientôt suivie, après la Guerre 1914-18, par d’autres salles; le théâtre dut faire face à une rude concurrence et revoir son mode de fonctionnement, mais c’est là une autre histoire.


Et vogue le ballon...

IIl y avait foule ce 21 mai 1888 sur la place de la Gare à Fougères. Un événement peu banal en effet s'y déroulait: une montgolfière nommée La Ville de Fougères s'apprêtait à s'élever dans les airs. Ce fut, selon le journal Le Petit Fougerais, le clou des manifestations qui, trois jours durant, avaient animé la ville à l'occasion d'un important concours musical organisé sur le Champ de Mars (le Champ de Foire), qui se poursuivit par un concours de tir, un bal public et un feu d'artifice.

La Chronique de Fougères, dans son édition du 26 mai 1888, rapporte qu'à cette occasion la foule s'est écoulée lentement par les rues devenues trop étroites avec beaucoup d'ordre, sans bousculade ni tapage et... pas un pochard dans les rues. Le Journal de Fougères quant à lui, adresse ses éloges aux organisateurs pour l'ordre parfait du déroulement de la fête qui fut la fête de tout le monde d'où la politique fut scrupuleusement bannieLe 6 mai précédent avaient lieu les élections municipales et la bataille entre le maire sortant Alexandre Tropée et son challenger Germain Boulais avait été très virulente..

Pour clôturer cette fête sans précédent, le lundi soir, par un temps superbe, une attraction attendait donc les Fougerais. Deux aéronautes réputés, Gabriel ManginGabriel Mangin (1836-1905) était un aéronaute reconnu, inventeur et constructeur de ballons, membre de l’Académie d’aérostatique et météorologique de France, il fonda l’École d’aéronautes français et fut l’auteur de la première tentative de ballon-postes. et Eugène GodardEugène Godard (1827-1890), était le chef aérostier de l’armée impériale sous Napoléon III, avec Gabriel Mangin, il s’illustra pendant le siège de Paris en 1870, par de mémorables sorties de la capitale en ballon., avaient entrepris de s'envoler dans le ciel de Fougères au moyen d'une nacelle accrochée à un aérostat.

Gabriel Mangin et Eugène Godard.

L'entreprise était délicate car les vents du nord contraires rendaient incertaine la direction initiale à l'enlèvement. De plus, le gonflage du ballon s'effectua avec beaucoup de lenteur par suite du diamètre des tuyaux de conduite insuffisant, de sorte qu'il fallut faire intervenir un second gazomètre pour réussir à gonfler le ballon. L'envol étant public, il convenait aussi de s'élever lentement dans les airs pour satisfaire les spectateurs et d'éviter les toitures, les cheminées et les fils de la ligne télégraphique.

Enfin, vers 5 heures du soir, après avoir équilibré le ballon, les aéronautes lâchèrent les amarres et s'élevèrent dans le ciel en jetant des fleurs sur la foule en guise de lest. Ce fut un curieux spectacle que voir le ballon entrer dans un nuage pour reparaître bientôt après, note Le Journal de Fougères, avant de s'éloigner peu à peu jusqu'à devenir gros comme une orange.

Pendant près d'une heure, on suivit le ballon qui s'éleva jusqu'à 2.500 mètres d'altitude, poursuivant sa course au-dessus de Javené et de Billé. Puis disparaissant à nouveau dans les nuages, un froid assez vif condensa le gaz dans l'enveloppe de taffetas. Les aéronautes décidèrent alors de redescendre. À 600 m du sol, se penchant de la nacelle, M. Godard perdit son chapeau qui prit les devants sans façon. M. Mangin laissa filer son ancre entraînant le ballon vers un champ de Mecé où quelques paysans vinrent prêter main forte aux voyageurs qui venaient d'atterrir. Il était exactement 5 h 50.

Départ d’une montgolfière de la Place Carnot.

On dégonfla le ballon et on lâcha les pigeons voyageurs emportés au départ de Fougères. Seize minutes plus tard, en rejoignant le colombier du président de la Société Colombophile fougeraise, les gracieux volatiles apportaient en ville la nouvelle de l'atterrissage du ballon. Durant ce temps, les aéronautes affrétaient une carriole qui devait les ramener à Fougères où ils n'arrivèrent qu'à 9 h 30 du soir! Et La Chronique de Fougères de conclure: Nous avons vu bien des ascensions, jamais navigateur aérien ne nous a paru aussi maître de lui que M. Mangin, mais il fait ses préparatifs avec si peu d'ostentation que l'on oublie de remarquer son sang-froid et sa décision.


La dénomination des nouvelles rues de Bonabry

DDans sa séance du 11 mars 1898, sous la présidence du maire, Alfred BazillonAlfred Bazillon, né le 10 janvier 1847 à Saint-Aubin-d’Aubigné, décédé à Romazy le 7 janvier 1911. Propriétaire terrien, il fut maire de Fougères de 1893 à 1902 et député d’Ille-et-Vilaine de 1898 à 1902., le conseil municipal adopte à l’unanimité la dénomination de 32 rues de la ville rendue nécessaire par l’extension prise par les nouveaux quartiers, notamment du côté de Bonabry, car le percement de nouvelles voies ont rendu nécessaire la révision du nom de certaines rues qui est parfois celui de personnages encore vivants, chose absolument interdite, ou qui ne se rattache à aucun souvenir digne d’être perpétué.

Ce sera ainsi que les noms de Gesland, Forest, Guimonneau… appartenant à des propriétaires-lotisseurs de ce nouveau quartier de Bonabry et donnés aux rues nouvelles par la population, disparaissent. La municipalité profite également de l’occasion pour changer quelques noms de rues et places dont la raison d’être n’existe plus, telles les places du Marché-à-la-Chaux, de la Halle-aux-Blés, les carrefours Saint-Jean et de la gare qui deviennent respectivement: Places Raoul II, Lariboisière, du Président-Carnot, Gambetta et de la République. De même, la rue du Gaz dont l’usine doit prochainement disparaître, prend-t-elle le nom de rue Pasteur, et les rues de Belair, des Jardins, des Docks se transforment respectivement en rue Amiral-de-Guichen, Surcouf, Victor Hugo. Le nouveau boulevard en cours de percement sur la propriété de Monsieur de La Chesnardière, déjà nommé nouveau boulevard du Vélodrome devient le boulevard Edmond-Roussin.

Dans cette dénomination de voies, la municipalité fougeraise tient à honorer des personnalités locales, des gloires nationales ou militaires, des écrivains, des hommes politiques… Elle rappelle au passage l’amitié franco-russe en donnant le nom d’Alexandre III ou de Cronstadt à deux nouvelles rues. Cette dernière qui rappelait la forteresse construite par Pierre le Grand pour défendre l’accès de Saint-Pétersbourg du côté de la Baltique, fut débaptisée en 1934 pour devenir la rue Gustave-Flaubert.

Pour ce qui concerne les personnalités locales, si on rappelle volontiers Raoul II de Fougères dont ont dit qu’ il créa l’hôpital Saint-Nicolas, la léproserie de la Madeleine et la paroisse Saint-Léonard, et à tort, qu’il est le véritable fondateur de Fougères; le maire Nicolas Lesueur, fusillé par les Vendéens en 1793, Exupère Bertin, le célèbre anatomiste né à Tremblay en 1712 et le général Lariboisière, né à Fougères, on tient à honorer aussi des personnages très contemporains récemment décédés qui prirent, en leur temps, l’heureuse initiative de léguer des sommes importantes en faveur du Bureau de Bienfaisance ou des hospices de la ville, ce qui leur valut sans doute cette reconnaissance publique. Ce fut le cas d’Edmond Roussin, mort en 1895, de Jules Bochin, ancien maire de Louvigné et conseiller général de ce même canton, mort en 1886, d’Alphonse Pipon, mort en 1891, d’Eugène Nélet, ancien juge de paix de Fougères, mort en 1897 et époux de Myriam Thélem, auteure de plusieurs romans.

Quant à l’abbé Joly, curé-doyen de Saint-Léonard depuis 1878 et mort en 1896, son nom est attribué à une rue autant pour le fait qu’il donna à la ville la nouvelle église et le presbytère de Bonabry après qu’il les eut fait construire, que par celui d’avoir fondé l’orphelinat de Saint-Léonard (Saint-Vincent) avec les seuls dons recueillis pendant ses 22 années passées à la tête de la paroisse Saint-Léonard.

Pour ce qui est de La Moussaye, la municipalité honore un soldat de la Guerre de 1870, en l’occurrence le capitaine Edouard, vicomte de La Moussaye dont la délibération dit qu’ enfant de Fougères, il s’engagea en 1870 et tomba bravement sous les balles prussiennes. En réalité, Edouard de La Moussaye n’est pas né à Fougères mais à Matignon (près de Saint-Cast-le-Guildo dans les Côtes d’Armor) où il vit le jour le 28 décembre 1829. Fils d’un colonel commandant la place de Saint-Omer, il est lieutenant démissionnaire de la Garde impériale lorsqu’il épouse à Fougères, le 25 juin 1861, Louise Caillel du Tertre, fille de notable fougerais. Il s’engagea effectivement dans la Garde mobile d’Ille-et-Vilaine où on le retrouve au 1er Bataillon avec le grade de capitaine. Il meurt au combat le 2 décembre 1870 par suite d’un coup de feu à la poitrine - c’est du moins ce que rapporte la transcription de son décès - lors des sanglantes batailles qui opposèrent Français et Prussiens à Champigny-sur-Marne près de Paris.

La Guerre de 1870-1871 est également rappelée par les dénominations des rues Chanzy et Canrobert, généraux français qui s’illustrèrent lors de ce conflit. Les gloires militaires avaient, semble-t-il, la faveur de la municipalité de l’époque car les nouvelles rues du quartier de Bonabry furent baptisées du nom d’un certain nombre d’entre elles.

Le général Lariboisière avait pourtant déjà sa rue en sa ville natale: la rue Derrière avait reçu son nom. Cependant, cette rue fut débaptisée en 1898 pour prendre le nom de rue Lesueur. Le général eut, en la circonstance, une sorte de promotion puisque de simple rue, il eut droit à une grande place et ce fut ainsi que la Place de la Halle-au-Blés devint la Place Lariboisière.

L’ancienne halle aux blés et le café de la Tour sur l’actuelle Place Lariboisière.

Hoche et Kléber ne furent pas oubliés, pas plus que des marins célèbres comme Surcouf, Duguay-Trouin et bien entendu l’amiral de Guichen, né à Fougères rue du Beffroi en 1712; les trois ayant donné du fil à retordre à nos amis anglais. Remontant le temps, on se souvint aussi de Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche, de Bertrand Du Guesclin et de Beaumanoir qui, en l’occurrence, ne rappelle pas l’ancien lieu-dit fougerais, mais le maréchal de Bretagne, compagnon de Du Guesclin. Quant à Jeanne d’Arc, symbole nationale et patriotique par excellence, elle suit naturellement la mouvance de cette époque pendant laquelle, dans quantité d’églises, la ferveur populaire lui élève une statue.

Si la République donnait en la circonstance son nom au Carrefour de la Gare qui, dès lors, devint une place, des hommes politiques morts récemment comme Léon Gambetta (mort en 1882), Louis Thiers (mort en 1877) et le Président Carnot (assassiné en 1894) eurent la faveur des édiles fougerais de 1898. Louis Pasteur, mort trois ans plus tôt en 1895, fut le seul scientifique honoré par la délibération fougeraise; son nom étant d’ailleurs donné à l’ancienne rue du Gaz dont l’intérêt de la dénomination était tout relatif il est vrai.

Les écrivains furent plus nombreux à pouvoir prétendre à leur rue à Fougères. Ce fut le cas de Madame de Sévigné, l’épistolière célèbre des Rochers qui, pourtant, ne fut pas toujours très tendre avec ses Bretons; Victor Hugo et Honoré de Balzac qui écrivirent des pages charmantes sur Fougères; le Rennais Paul Féval qui rapporte que Fougères est plein de jolies femmes… et que toutes les femmes de Fougères étaient des petits anges (Blanchefeur). Un seul nom de lieu-dit fut conservé: les Orières. On nomma la rue des Orières non pas pour conserver le souvenir de l’ancienne seigneurie et du manoir de ce nom mais parce le terrain a été donné (à la ville) par le propriétaire.

La municipalité qui s’était fait assister d’un groupe d’érudits justement qualifiés pour cette délicate besogne de dénomination des rues fougeraises, vota, comme il se devait, cette délibération à l’unanimité.


De drôles de paroissiennes

LLa loi de séparation des Eglises et de l’Etat votée par la Chambre des Députés le 3 juillet 1905 et par le Sénat le 6 décembre suivant, entraîna un peu partout en France de vives réactions et d’importantes manifestations notamment au moment des Inventaires, et le Pays de Fougères conserve la mémoire, parfois tragique ou cocasse, du passage des envoyés de l’Administration dans les paroisses.

La Chronique de Fougères, du 18 août 1906, rapporte que dans la rue du Général-Chanzy, un homme se querella avec une femme du quartier à propos de l’encyclique du Pape. En cette année 1906, en effet, Pie X avait condamné la loi de séparation, d’abord le 11 février avec Velementer nos, et le 10 août avec Gravissimi officii. Sans doute confortée dans ses opinons par la position pontificale sur ce sujet brûlant, la jeune dame Voisin, car tel était son nom, entra en grande discussion à ce propos avec un sieur Renard, près d’une maison que le journal qualifie de hantée.

Le ton monta, tant et si bien que si l’on croit la presse de l’époque, on se vida des potées de grossièretés à la figure et que lasse de crier, Mme Voisin commença à jeter des pierres avant de se précipiter sur Renard quelle griffa bellement de tous ses ongles de chatte

L’église Notre-Dame de Bonabry.

C’est joliment dit, mais l’affaire ne s’arrêta pas là. Renard, bien entendu, fut bien obligé de se défendre et tenta de réduire son agresseur à l’impuissance en lui serrant le bras. C’est alors que la mère de la jeune femme surgit de chez elle entraînant avec elle... ses quatre autres filles. Renard n’eut guère le temps de voir venir ces furies qui tombèrent sur lui à bras raccourcis.

Selon le journal les six femmes le boulangèrent, le terrassèrent, lui abîmèrent sérieusement le portrait, l’aplatirent comme un paquet de linge sale… Fort heureusement, quelques personnes qui assistaient à la scène intervinrent pour tirer l’homme des griffes de ces chattes sauvages avant qu’il n’en soit pas resté une chiffe (chiffe: chiffon). Tel ce renard (l’allusion ne pouvant pas mieux tomber) de la forêt de Fougères dont la légende rapporte que dans un combat, il ne réchappa que la queue!.

Et la Chronique de s’interroger: Faut-il faire des lois maintenant pour protéger le sexe fort contre le sexe faible? On n’a pas idée de ça, tout de même. Près d’un siècle plus tard, ni sexe fort, ni sexe faible, on parie avec raison sur un avenir de parité. N’est-ce pas mieux ainsi ?


Fougères vue par René Bazin en 1909

DDans le numéro du journal parisien La Revue française du 12 septembre 1909, l’académicien René Bazin (1853-1932), brosse un portrait de la ville et du pays de Fougères. À cette époque, les ouvriers de la chaussure étaient en conflit avec leurs patrons et entamaient une grève assez dure. Il avait visité la ville en 1896 et rapporte donc ses impressions de voyage plutôt favorables pour Fougères, alors qu’il suspecte Vitré d’avoir fait du neuf avec du vieux.

Fougères, écrit René Bazin, est pleine de mouvement, elle déborde de sa colline et s’étend dans les prés voisins sur les rives du Nançon. À l’époque le château est décrit comme en ruines, mais si large d’enceinte et si bien abandonné au lierre qu’il n’a plus rien de sévère. Trois vaches y paissent tranquillement, ce qui l’étonne un peu. Mais ce qui étonne surtout l’académicien c’est que depuis moins de trente ans, elle a doublé sa population et qu’elle compte parmi les places manufacturières les plus achalandées, car, dit-il, Fougères a toujours eu l’esprit d’initiative. Et d’énumérer les diverses activités qui firent la réputation de Fougères au cours des siècles: la fabrication du drap, puis de la toile à voile et même des bas de laine tricotés par les bonnes femmes et que les marchands trouvaient qu’ils duraient trop; avant d’arriver à la fabrication du chausson de lisière, nom donné au chausson de tresse précurseur de l’industrie de la chaussure qui fit dès cette époque la renommée de la ville.

René Bazin (1853-1932).

René Bazin interrogea les ouvriers. Monsieur, m’a dit l’un deux, rapporte t-il, Fougères fait de la femme sur une seule forme. Comme il ne comprenait pas très bien, l’ouvrier précisa: C’est vrai, vous n’êtes pas de la partie, je veux dire que nous fabriquons la chaussure de femme et de fillette sur une seule forme pouvant aller aux deux pieds. Continuant la conversation, Bazin interrogea: Et quels sont les places rivales de la vôtre ?. – En province Nancy et Limoges, rétorqua l’homme, cependant je crois que nous tenons la tête. – Les pieds plutôt, dit Bazin, mais dites-moi, si vous faite la femme quelqu’un doit bien faire l’homme ? - Les bords de Loire - Ah bon, et Paris ? - Paris fait les deux!

J’ai vu monter le soir, à la fermeture des ateliers, cette population ouvrière. Elle remplissait les rues. On sentait qu’elle était la maîtresse de la ville et qu’elle le savait. Puis parlant de l’origine des ouvriers, Bazin dit qu’ils se recrutent presque tous dans les campagnes voisines et qu’un millier d’entre eux ont appris le métier sans vocation préalable. Ce qu’il y a de sûr, dit-il, c’est que les ouvriers de Fougères n’ont pas mauvaises réputation. Leurs grèves n’ont jamais été poussées au-delà des limites raisonnables et le soir, lorsque la troupe des ouvriers a défilé, la petite ville s’endort en paix, comme au temps où elle n’était qu’un coin de France où l’on tricotait le mieux.

Parlant de la campagne fougeraises arrosée par mille ruisseaux, il précise que les paysans ont une connaissance profonde des choses rurales, mais qu’on les présente comme un peu moins travailleurs que dans le pays de Vitré et plus méfiants mais porté vers des idées plus libérales. La même passion du cidre les réunit. La mesure locale, la bolée, est également populaire dans les deux arrondissements constate René Bazin. Cette bolée qui joue un rôle considérable dans les marchés, les foires, les dîners d’enterrement et toutes les fois que deux hommes se rencontrent ailleurs qu’en rase campagne!

Les notaires se plaignent de cet abus, surtout à la Saint-Georges (23 avril) jour traditionnel de l’entrée en jouissance des nouveaux fermiers du pays de Fougères. Ce jour-là, il y a de nombreuses ventes de bestiaux, de mobilier ruraux… il y a foule aux ventes aux enchères et la coutume veut que le vendeur offre à boire à ses acheteurs éventuels. C’est dire que les brocs de cidre et les bouteilles d’eau-de-vie circulent dans les rangs tandis que le crieur s’époumone à faire monter le prix des lots. La consommation est effrayante et lorsque René Bazin écrit son article pour la presse parisienne, sans le vouloir sans doute, il fait ainsi une drôle de renommée aux paysans du pays. Le soir, écrit-il, les plus fortes têtes sont réduites à rien, les plus madrés ne comprennent rien et parfois, on a vu, dans les petits chemins creux, un fermier croyant avoir acheté une vache laitière, tirer à la corde un poulain de robe rouge.


En 1914: petits secrets des isoloirs

AAutrefois, lors des scrutins, les électeurs pliaient avec précaution leur bulletin de vote et le déposait directement dans l’urne. À partir de 1914, la loi institua les isoloirs ainsi que les enveloppes destinées à recevoir les bulletins. Dès lors, chaque électeur ne fut admis à voter que s’il avait rempli cette formalité à l’abri des regards indiscrets. Depuis, le passage à l’isoloir est toujours de rigueur aujourd’hui.

Mais l’on sait que changer les habitudes prises n’est pas chose évidente et le journal Le Petit Fougerais qui admet dans ses colonnes du 13 mai 1914 que le nouveau système de votation avec isoloir et emploi de l’enveloppe, a fonctionné d’une façon satisfaisante lors des dernières élections, rapporte cependant quelques incidents amusants. On avait craint d’abord que le dépouillement aurait demandé plus de temps, il n’en fut rien. Au contraire, explique le journal, les électeurs qui jusqu’alors avaient l’habitude de plier soigneusement leur bulletin, avaient pris beaucoup moins de précaution, rassurés sans doute par la mise sous enveloppe. Pourtant on trouva des électeurs qui se plaignirent de ne trouver personne dans l’isoloir, d’autres qui y cherchèrent l’urne, un autre qui cherchant à se débarrasser du bulletin qu’il avait en trop, le glissa dans l’encrier mis à la disposition de l’électeur qui, en ces élections municipales, avait tout loisir de rayer le nom du candidat qui ne lui convenait pas. On en trouva même un autre qui ne pensait pas que le rideau s’écartait, de sorte qu’on le vit se mettre à quatre pattes pour passer dessous et qu’on l’entendit se cogner la tête dans la tablette en se relevant brutalement.

Le journal qui semble beaucoup s’amuser des facéties des électeurs fougerais rapporte une autre histoire qui se passa dans une commune de Seine Maritime et qui fit bien des gorges chaudes. Un brave homme, raconte Le Petit Fougerais, sur l’invitation du Bureau, pénétra dans l’isoloir avec l’intention bien légitime de mettre son bulletin dans l’enveloppe mise à sa disposition. Mais il tenait dans l’autre main, une lettre écrite à un parent. L’émotion sans doute produite par cet isoloir inhabituel, fit que l’homme glissa sa lettre dans l’enveloppe officielle et qu’il la glissa dans l’urne.

Lorsqu’il s’aperçut de sa mésaventure, pâle et embarrassé, il déclara au président du bureau de vote qu’il s’était trompé et raconta que sa femme lui avait donné une lettre adressée à son neveu pour lui demander de venir l’aider à semer du trèfle. La bonne femme, n’ayant pas d’enveloppe lui aurait dit aussi qu’il y en avait de disponible à la mairie et qu’il n’avait qu’à en demander une pour glisser sa lettre dedans. L’homme demanda à récupérer sa lettre et à la remplacer par son bulletin. Il fut tout surpris lorsqu’on lui déclara qu’on ne pouvait ouvrir l’urne avant le dépouillement. Il revint donc le soir, sur de pouvoir récupérer la fameuse lettre. Il se heurta bien évidemment à un nouveau refus, car la lettre fut, comme il se devait, annexée au procès-verbal conformément à la loi. Et le journal fougerais de conclure: Et c’est pour économiser une enveloppe que ce brave homme n’a pu exprimer son opinion.


Lorsque les enfants participaient a l'effort de guerre en ramassant des châtaignes...

PPendant la Guerre 1914-1918, une note du Ministère de l'Agriculture et plus spécialement du Service de la Main d'œuvre Scolaire invitait particulièrement les enfants à ramasser les marrons d'Inde et les châtaignes afin de les collecter en vue d'être employés dans les usines de guerre.

Le maire de la commune doit mettre un local à disposition pour le stockage et désigner un collecteur de marrons qui devra recevoir, vérifier la qualité et la quantité de la collecte, la faire sécher et l'expédier à la gare la plus proche. Généralement, ce responsable sera le secrétaire de mairie ou l'instituteur.

Cette opération a pour but d'économiser le maïs et le riz pour ne les réserver qu'à la seule alimentation humaine et de remplacer ces matières premières par les marrons et les châtaignes pour la fabrication, dans les distilleries contrôlées par les Services des poudres et de l'Aéronautique, de l'alcool et de l'acétone produits indispensables à la Défense nationale. Les fruits cependant doivent être préparés: ils seront dépouillés de leur écorce et séchés pendant deux mois minimum dans un endroit sec, couvert, suffisamment aéré et légèrement chauffé si possible. Les collectes seront ensuite centralisées de manière à pouvoir assurer le chargement complet d'un wagon, soit environ 8 tonnes.

Les marrons et châtaignes seront payés au prix de 15 centimes le kg (séché et chargé sur wagon) par l'usine qui en assurera le traitement. L' expéditeur du groupement devra répartir ces 15 centimes: 8 centimes pour le ramasseur; 5 centimes pour le collecteur communal et 2 centimes pour l'expéditeur du groupement.

Cette collecte, si elle ne rapportait pas une fortune, avait néanmoins le mérite d'aiguiser le sens civique de nos jeunes compatriotes en ces temps difficiles. Et comme le Ministère de l'Armement garantissait le paiement des marchandises récoltées - et acceptées - en cas de défaillance des industriels, nul doute que les parents incitèrent volontiers leur progéniture à participer activement à la cause et les enfants du Pays de Fougères durent s'y employer activement.


À propos de sucre et de farine en temps de guerre

LLa situation mondiale menace-t-elle? Une pénurie de produits alimentaires de base s'annonce-t-elle qu'aussitôt de vieux réflexes de stockage ressurgissent. Le sucre, les pâtes, le sel, l'huile, le café, etc... autant de denrées qui firent cruel défaut à nos concitoyens lors des derniers conflits. Récemment encore, nous avons vu lors de la crise sanitaire de la Covid 19 et les confinements imposés, la population se ruer dans les grandes surfaces et y vider certains rayons afin de stocker des marchandises qu’elle estimait, à tort ou à raison, essentielles.

Pendant la guerre 1914-1918 déjà, il fallut bien rationner et réglementer la consommation du sucre. Notre industrie sucrière était des plus menacées puisqu'elle se situait à proximité immédiate du front.

Dessins de Francisque Poulbot tirés de Encore des gosses et des Bonhommes 1917.

Le 8 janvier 1918, le Préfet d'Ille et Vilaine arrêta que la quantité de sucre destinée à la consommation familiale serait réduite à 500 gr par mois et par personne et que la délivrance du sucre ne serait effectuée qu'aux personnes munies d'une carte délivrée par le maire. Ces 500 gr furent répartis en 125 gr de sucre et 375 gr de saccharine et on recommandait de réserver le sucre pour la préparation des mets et la saccharine pour l'édulcoration des boissons (café, thé, infusions, etc...); l'Administration faisant savoir au passage que l'emploi de la saccharine ne présente aucun inconvénient au point de vue physiologique et que les préventions qui pourraient exister dans l'esprit du public à cet égard seraient injustifiées. Quant aux épiciers, ils devaient envoyer leurs coupons à leur fournisseur ou au Comité de répartition du sucre à la Préfecture.

Un autre arrêté préfectoral en date du 9 novembre 1918 réglementa la vente de la farine de sarrasin qui ne pouvait être échangée que contre des tickets de pain chez les grainetiers. Ceux-ci ne pouvaient s'adresser qu'à des minotiers agréés par le préfet (12 pour le département - DouardLouis Douard, était minotier rue de la Fourchette. Il figure à cette adresse sur l’almanach de l’arrondissement de Fougères de 1914. À cette époque le moulin du château que l’on appelait <i>les quatre moulins</i> en raison du nombre de ses roues, était encore en activité. et Lefrançois à Fougères -) et échanger les tickets de pain récoltés à proportion de 12 tickets de 100 gr de pain par kilogramme de farine de sarrasin dont le prix avait été fixé par le décret du 24 juillet 1918 à 50 F le quintal net, nu, pris au moulin.

Les maires devaient déterminer ensuite le prix de la vente à la consommation pour chaque commune en tenant compte des frais de transport et sans que le prix ne puisse dépasser 0,70 F le kg.

Quant aux galettières, elles devaient fournir à la fin de chaque mois au Bureau du Service des répartitions des farines, une déclaration certifiée exacte par le maire, indiquant le nombre de tickets réunis pendant le mois et déposés à la mairie, leur allocation de farine pour le mois suivant étant déterminé d'après cette déclaration.

Lorsqu'on sait que nos braves galettières devaient exiger de leurs clients la remise d'un ticket de 100 gr de pain pour deux précieuses galettes, on comprend mieux toute la valeur du plat national du Pays de Fougères tout entier.

L’ancien moulin du château dit des Quatre moulins.